Association Médicale France Asie

L’AMFA, Association Médicale France Asie, est une ONG créée en 1979 avec l’université René Descartes (Paris).

Après avoir été active à Singapour, en Indonésie, en Corée du Sud, à Taïwan, en Chine, au Vietnam, en Thaïlande, au Cambodge et au Laos, l’AMFA est présente en Birmanie depuis 1980 où depuis 34 ans ses actions ont été diverses et multiples.

Au début il y a eu la formation de chirurgiens et d’anesthésistes grâce à des bourses privés et à des bourses du Ministère des Affaires Etrangères. Puis rapidement ont suivi des dons d’équipements pour l’Hôpital North Oklaopa (Yangon). Mais pour se servir des équipements il fallait des infirmières qui soient formées : c’est pour cela que des spécialisations d’un an à Paris à l’AP-HP ont été mises en place pour les infirmières de bloc opératoire et de réanimation. Ces infirmières spécialisées (182 au total) sont maintenant dans tous les grands hôpitaux de Birmanie.

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Bloc opératoire - hôpital de Mandalay
AMFA

Les grandes opérations de rénovation d’hôpitaux ont débuté en 1996 à Mandalay pour le centre d’urgence, les blocs opératoires et la réanimation avec des dons d’équipements d’une valeur équivalent à plus d’un million de dollars et l’envoi en mission sur place de techniciens français. Puis il y a eu la création de la première unité de néonatologie avec 12 couveuses opérationnelles ainsi que la création d’un SAMU avec ambulances et radiocommunication. Pour toutes ces opérations, l’AMFA formait, rénovait et équipait.

Ensuite il y a eu l’Hôpital d’Enfant à Mandalay, l’Orthopaedic Hospital de Yangon, l’hôpital de Sittwe, l’hôpital de Mitshina et celui de Myeick. Dans tous ces hôpitaux l’AMFA est intervenu en formant, en rénovant et en équipant. De plus six hôpitaux provinciaux ont reçu des équipements et des petites rénovations.

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Couveuses - hôpital de Mandalay
AMFA

En 2002, à Tandwe, l’AMFA a ouvert un gros dispensaire qui procure des soins à 100 villageois par jour (Sandoway), puis trois autres dispensaires ont été ouverts dans des villages isolés. L’AMFA a également modernisé l’hôpital de Tandwe : deux salles d’opération, une réanimation de deux lits, un service des urgences, la radiologie et la maternité. Création également d’une polyclinique pour les maladies transmissibles, forage de deux puits et mise en place du circuit de distribution de l’eau.

A Myeick, à l’Hôpital Général, l’AMFA a équipé 4 salles d’opération, le Réveil, la Réanimation, l’accueil des urgences et le Service Dentaire. En 2006 l’AMFA a inauguré l’Hôpital Mère et Enfants totalement rénové avec la Fondation Rainbow Bridge y compris les structures lourdes et l’alimentation en eau, et chaque année l’entretien de cet hôpital est effectué. Il est à noter que les enfants pauvres gravement atteints y sont traités gratuitement et éventuellement transférés à Yangon pour y être opérés. Le Service Maternité est très actif avec plus de 4.000 accouchements annuels dont un tiers de césariennes.

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Dispensaire de Aye Pin Ayaye construit sur des pylones de béton
AMFA

L’archipel de Myeick (800 iles) ayant peu de structures de soins, l’AMFA a construit 13 dispensaires, les entretient, fournit les médicaments et y traite gratuitement les malades. Des missions médicales françaises vont dans les iles et l’AMFA organise également des missions d’infirmiers birmans.

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Exemple d’un dispensaire des îles de Myeick
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A Mandalay, en chirurgie cardiaque, le Pr Daniel Loisance, apporte une aide puissante à l’équipe locale depuis plus de dix ans. Il y a eu des retards dus au MOH et à des changements de chirurgiens ou d’anesthésistes. Mais en ayant formé à Paris des infirmières birmanes, en ayant effectué sur place des missions avec des équipes françaises et japonaises (voire chinoises), le Pr Loisance a réussi à créer un vrai service avec une activité de chirurgie à cœur ouvert que les Birmans commencent à pratiquer.

Pour réaliser toutes ces actions, l’AMFA a ouvert un atelier de maintenance du matériel médical à Yangon avec une antenne à Mandalay. Les équipes birmanes formées par des Français de l’AP-HP entretiennent tout le matériel donné par l’AMFA. L’AMFA a une coordinatrice birmane à Yangon avec un assistant, et une gestionnaire à Myeick qui gère le ravitaillement des dispensaires.

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Hôpital mère et enfants de Myeick
AMFA

Les actions de l’AMFA se font avec un accord gouvernemental renouvelé tous les deux ans.

Le président de l’AMFA, le Pr Alain Patel, est chirurgien orthopédiste des hôpitaux birmans, Professeur Honoris Causa de l’Université Yangon I.

PREVISIONS POUR L’AVENIR

Les actions de l’AMFA reposent uniquement sur un financement privé sans aucune subvention officielle, et cela commence à poser des interrogations.

Le MOH achetant des équipements, l’AMFA, qui achemine deux containers par an (soit 30 tonnes de matériel et d’équipement) ne fournira plus d’équipements lourds.

L’aide aux grands hôpitaux universitaires ne s’imposera plus à l’exception du Spine Hospital (Yangon) dont tout l’équipement est stocké sur place en attendant la fin de sa construction.

L’aide de l’AMFA va dorénavant se concentrer sur les deux hôpitaux de Myeick, sur l’hôpital de Tandwe, sur le Service de Chirurgie Cardiaque de Mandalay et sur les 22 dispensaires construits par l’AMFA car 4 sont dans le Delta (zone de Nargis en 2008). L’atelier de maintenance et de réparation sera maintenu car le fonctionnement de beaucoup d’appareils en dépend. De plus certains appareils seront entretenus dans les hôpitaux en fonction les besoins.

ASSOCIATION POUR LES ORPHELINATS DE MERGUI

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ASSOCIATION REGIE PAR LA LOI DU 1er JUILLET 1901
Siège : 6, avenue Adrien Hébrard - 75016 PARIS

La ville de Myeick a été explorée par les Français sous Louis XIV puisque des mousquetaires venus au secours du roi Narai au Royaume du Siam n’ont pas réembarqué et ont fait souche ; une église catholique y avait été établie.

En 2008 l’AMFA a été contactée par le curé birman qui avait recueilli 520 orphelins ou enfants pauvres mono-parentaux à cause des rebellions Karens.

Les six orphelinats, dont deux dans les iles, étaient exsangues et les enfants en bien triste état. Ayant trouvé deux très généreux donateurs, Albert et Yolande Baussan, l’AMFA a pu créer l’APLOM. Grâce à ce grand mécénat les locaux ont été rénovés, de nouveaux ont pu être construits et une école d’informatique a été ouverte avec deux professeurs. Les enfants sont dorénavant correctement habillés, soignés et nourris. Les succès scolaires sont visibles et certains des enfants ont déjà pu quitter Myeick et trouver du travail à Yangon. Actuellement une école privée a pu être ouverte et les enfants bénéficient d’études poussées.

L’APLOM est totalement financée par les deux mécènes français, et actuellement il y a 380 enfants scolarisés et pris en charge à 100%.Le Président de l’APLOM et le Pr Alain Patel.

Entretien avec le Professeur Alain Patel

Le Professeur Alain Patel, Professeur émérite à l’université René Descartes (Paris), professeur des universités Birmanes, docteur honoris causa de l’université de médecine Yangon 1 (chirurgie orthopédique et traumatologique), président de l’association médicale franco–asiatique (AMFA) depuis 1979 nous fait le plaisir de répondre à l’interview.
1- Pourquoi avez-vous souhaité travailler en Birmanie ?

A partir de 1969, alors que j’étais chirurgien à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches, j’ai commencé à me rendre en Asie pour des missions diverses. J’y ai enseigné, j’ai coordonné les échanges de boursiers avec le Ministère français des Affaires étrangères, j’ai fait venir des professeurs de français et, comme à Singapour ou en Indonésie, j’ai participé à des dons d’équipement.
En 1978, l’ambassadeur de France en Birmanie fut tué dans un accident de voiture, et son épouse gravement blessée. Elle fut opérée en urgence à l’Hôpital Général de Rangoun avec succès. En remerciement, la France octroiera des bourses de formation au chirurgien, à l’anesthésiste ainsi qu’au chef infirmier des urgences. Ils furent tous les trois affectés pour neuf mois dans mon service, à Garches après un stage linguistique à Vichy. Le Dr Myo Myint était l’un d’entre eux. Il était véritablement brillant et il a d’ailleurs eu une carrière exceptionnelle.
Lorsqu’il revient en Birmanie, en 1980, le Dr Myo Myint a, dès lors, été mon contact à Rangoun, puis à Mandalay où j’ai donné des conférences, visité des hôpitaux et rencontré des responsables. Le Ministère des Affaires étrangères avait alors décidé d’envoyer 3 à 4 Français par an en Birmanie et d’octroyer 3 bourses annuelles à des Birmans. J’ai connu à peu prés tous les intervenants des deux cotés.

2- Quel est votre rôle en tant que Président de l’AMFA ?

L’Association Médicale Franco-Asiatique est une association loi 1901 fondée en 1979. Après de multiples actions et réalisations au Cambodge, au Laos et en Thaïlande, elle n’est désormais active qu’en Birmanie. Tous les membres sont bénévoles et la coordination est faite par le Président qui s’occupe d’une partie du fonctionnement avec l’aide de deux collaboratrices.
Le Président recherche les donateurs, assure le secrétariat, les relations avec les responsables birmans, la recherche des subventions ainsi que les meilleurs médecins français disponibles et volontaires pour se rendre en Birmanie. Il s’occupe également du suivi, assure la liaison en continu avec la coordinatrice birmane à Rangoun et se charge de la coordination avec la Thaïlande où des birmans sont formés.
Toutes les décisions peuvent être prises très rapidement, comme ce fut le cas pour Nargis, où en quelques heures du matériel a été envoyé aux médecins et où la reconstruction d’un centre de soins n’a pris que 6 mois.

3- Quelles différences y a-t-il entre la médecine française et la médecine occidentale birmane en termes de formation de médecins, de leur approche de la médecine ou de leurs pratiques professionnelles ?

L’enseignement médical en Birmanie ressemble beaucoup à celui dispensé au Royaume-Uni mais il y a beaucoup d’enseignements cliniques. Depuis très longtemps, la faculté de Rangoun enseigne l’anglais médical et l’informatique.
J’ai participé à plusieurs examens de maitre de conférences et praticien hospitalier en Birmanie et en France. Je peux vous dire que les candidats français ne passeraient pas toutes les épreuves birmanes. Ces diplômes ont une vraie valeur, et leurs titulaires sont tous très dévoués au service public, aux soins des malades et à l’enseignement des plus jeunes.
Une différence notable entre les deux médecines est la grande imprégnation bouddhiste en Birmanie qui fait jouer au karma, bon ou mauvais, celui du malade et celui du chirurgien, un rôle excessif et peu scientifique. La résignation bouddhiste fera accepter trop facilement l’échec, et le mauvais karma du malade sera mis en cause.

4- Quelles sont les grandes difficultés que vous avez rencontrées en Birmanie depuis votre arrivée il y a plus de 30 ans ?

Nous avons toujours reçu de l’aide et la plus grande coopération avec le ministère de la santé et les directeurs des hôpitaux. Nous avons signé, à chaque fois, des mémorandums ou des accords sur actions. Toutes nos missions ont été acceptées et nos arrivées de matériel se sont bien déroulées. Nous regrettons seulement que, du fait de promotions, des médecins sont presque sans préavis changés de services et/ou de villes ce qui nuit a la constitution d’équipes performantes.
L’offre de soins en cardiologie représente également une grande difficulté. Le problème de la chirurgie cardiaque en Birmanie est double : les structures et les équipements sont d’une qualité insuffisante, les chirurgiens cardiaques seniors très peu nombreux et peu formés. Il existe en fait une très grande désaffection des jeunes chirurgiens pour la chirurgie cardiaque, du fait des difficultés de la formation et de la quasi impossibilité d’un travail de nuit pour ces chirurgiens afin de compléter leur salaire dérisoire.

5- Il y a eu près de 70 missions de professionnels français de la Santé en Birmanie depuis 1980, en quoi ces voyages sur le terrain sont-ils nécessaires ?

Ces voyages sont nécessaires afin d’optimiser les structures et les équipements, et d’apporter une réelle formation car le contenu de l’enseignement est essentiel. Il convient de transmettre le savoir dans le domaine de l’indication opératoire, celui du choix des techniques, celui de la gestion des malades dans les suites opératoires et à distance de l’intervention.
Adapter les modalités de l’aide aux caractéristiques locales nous paraît être essentiel pour aider les rares chirurgiens birmans à progresser. Soutenir les efforts sur de longues périodes de temps est une autre obligation pour avancer.

6- Quels aspects positifs retirez-vous depuis votre 1ère mission en 1980 ? Quelles sont les images que vous gardez en tête ?

D’une manière générale, c’est la mobilisation personnelle et totale des médecins et des infirmières, leur soif d’apprendre. C’est également la présence incontournable aujourd’hui de l’AFMA dans les villes et provinces birmanes.
Mais ce qui me marque le plus ce sont les résultats obtenus :

  • L’équipement de services entiers qui ont permis de faire gagner 15 ans en techniques chirurgicales, en orthopédie, en chirurgie cardiaque,
  • L’introduction en Birmanie en chirurgie générale de la cœlioscopie
  • La création à Mandalay du premier service de néonatologie de 12 couveuses et l’équipement du nouvel hôpital d’orthopédie de Mandalay de 200 lits
  • La construction de l’hôpital mère et enfants de Myeik qui permet d’y soigner les enfants issus de milieux défavorisés
  • Le fait aujourd’hui de trouver dans tous les grands hôpitaux des infirmières responsables formées a Paris qui continuent à parler un peu français
    L’AMFA continue aujourd’hui ses actions mais faute de crédits suffisants, elle ne fait plus que des missions réduites en chirurgie cardiaque, traitement des scolioses, chirurgie orthopédique pédiatrique, anesthésie et chirurgie arthroscopique.
    L’AMFA effectue un travail remarquable depuis de longues années. Toute contribution peut lui être adressée en prenant contact à l’adresse suivante : amfafrance@netcourrier.com

publié le 11/12/2014

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