Birmanie : le système bancaire cherche à se renforcer

Dans une économie marquée par des retards accumulés dans la plupart des secteurs, le système bancaire birman apparaît particulièrement faible. 95% de la population ne possède pas de compte bancaire ; les crédits au secteur privé sont limités à 8 % du PIB (Cambodge 25 %, Vietnam 120 %, Thaïlande 150 %). Néanmoins, avec l’ouverture de l’économie au secteur privé à partir de 1990 et surtout avec les réformes politiques et économiques des dernières années, le secteur bancaire va devoir rattraper le temps perdu, inspirer confiance à un public échaudé, acquérir des compétences et atteindre un degré de liberté qui lui a été refusé, en partie de sa faute, mais surtout trop longtemps.

Le sous-développement du système bancaire birman prend ses racines dans une histoire fiduciaire mouvementée. Les Birmans ont appris à connaître les pratiques bancaires généralement à leurs dépens. La première expérience quasi bancaire a été le fait des Chettiars, caste indienne spécialisée dans le crédit, généralement usuraire, qui leur a permis, via la saisie des terres mises en hypothèque, d’acquérir la majeure partie des terrains agricoles du pays à la veille de la 2ème guerre mondiale, situation qui est à l’origine de la nationalisation des terres agricoles par le régime du général Ne Win au début des années 60.

Ce même régime a procédé à la nationalisation de toutes les banques en 1964, puis a démonétisé les principales coupures à trois reprises, en 1964, en 1985 puis en 1987, dans des conditions qui ont pratiquement fait perdre aux détenteurs la quasi-totalité de la valeur fiduciaire qu’ils croyaient détenir.

Le nouveau régime issu de la reprise du pouvoir par l’armée en 1988 a cherché à rendre au secteur privé des responsabilités économiques et facilité la création de banques privées qui ont commencé à prospérer. Néanmoins, l’absence de supervision bancaire et la prolifération d’établissements plus ou moins légaux assimilables à des fonds d’investissements a résulté en un crash bancaire en 2003, dans lequel trois banques, notamment accusées d’avoir recyclé des fonds issus de trafics divers, ont disparu, les déposants ayant également vu disparaître la quasi-totalité de leurs avoirs.

Le gouvernement a alors pris des mesures restrictives à l’égard des banques restantes, la confiance revenant modérément avec un retour des dépôts, dont la rémunération était néanmoins souvent très inférieure à l’inflation (parfois de plus de 20 % d’écart).

Dans ces conditions, au-delà du strict nécessaire pour effectuer les dépenses courantes, l’épargne a généralement pris le chemin de l’or, des bijoux et de l’immobilier, parfois des dollars ou des automobiles, et même du bétail.

Les premières réformes du nouveau gouvernement issu des changements politiques et des élections de 2010 ont été, pour ce qui concerne le système bancaire bien préparées, avec l’aide du FMI, et plutôt réussies, notamment l’unification des taux de changes, la libéralisation du marché des devises et l’indépendance de la Banque Centrale. Un marché des changes se développe et commence à fonctionner, qui permet aux banques de redevenir peu à peu l’interlocuteur des entreprises, au moins pour les transactions courantes. Parallèlement, la banque centrale a commencé à procéder à un début d’assouplissement des règles prudentielles post 2003, en élargissant en particulier les options de garanties et d’hypothèques pour les prêts.

Parallèlement les banques commencent à publier partiellement leurs comptes, à afficher le paiement de leurs impôts et multiplier l’ouverture de succursales, ce qui les fait entrer dans une normalité nouvelle.

Le constat d’une très faible compétence des techniques bancaires est unanime, comme les banques birmanes elles-mêmes le savent. Longtemps contraintes dans l’octroi des prêts à leurs clients, elles se sont bornées à réclamer des garanties hypothécaires, généralement dans des avoirs immobiliers. Si leur capacité à évaluer la valeur d’un bien immobilier est sans doute très convenable, l’analyse d’un projet industriel ou commercial n’a jamais été développée. Pour un industriel, il valait mieux fournir une bonne garantie immobilière qu’un business plan solide.

Désormais (timidement) invitées à développer une nouvelle approche, elles devront acquérir les compétences qui leur manquent. La plupart d’entre elles ont récemment embauché des banquiers étrangers munis d’une expérience internationale.

Le système bancaire du Myanmar va faire face à brève échéance à deux nouveaux défis, qui viendront tester leur capacité concurrentielle. Le premier est celui des quelques banques étrangères qui devraient être autorisées avant la fin 2014 à effectuer des opérations bancaires ; cette concurrence mettra en lumière les carences des banques birmanes. Le deuxième défi apparaîtra à partir de 2016 quand les banques de l’ASEAN devraient être également autorisées à exercer dans les autres pays membres. Il y a des doutes sur l’ouverture effective de ce marché, mais il se produira tôt ou tard. Ces deux expositions à la concurrence auront probablement pour conséquence des restructurations, fusions, acquisitions ou peut-être la révélation de « champions » qui auront su s’adapter mieux que les autres.

publié le 07/11/2014

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