Interview de Darko, leader du groupe de rock birman "Side Effect"

Ce fut longtemps un véritable défi pour le groupe de rock birman « Side Effect » d’exister sur la scène birmane : censure et persécution, manque d’argent, manque d’instruments... Puis avec beaucoup de courage et d’espoir, ils se sont servis d’internet et des réseaux sociaux pour publier leur musique et se faire connaître.
C’est à l’occasion de la Fête de la musique de 2011, que l’Institut français de Birmanie a offert une chance au groupe Side Effect de se produire en public et de recevoir alors sa première prestation rémunérée. Depuis le groupe s’est fait un nom et tente de conquérir un public international. C’est ainsi que les quatre jeunes ont participé en novembre 2011 au festival Hello Asean à Bali, faisant d’eux le premier groupe de rock birman indépendant à jouer en dehors du pays. Side effect a également fait une tournée en Allemagne en décembre 2012 et souhaite aller jouer en France très prochainement.

Darko C, chanteur du groupe de rock alternatif Side Effect, nous fait le plaisir de répondre à l’interview de France-Birmanie.

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Darko, chanteur du groupe Side Effect (crédit photo : Marina Perillat)

1. Pour ceux qui ne vous connaitraient pas, pourriez-vous tout d’abord vous présenter ?

Side Effect est le groupe rock indépendant le plus vivant et énergique de Birmanie. Depuis 2004, dans le contexte d’immense défi politique et économique, nous avons joué, inlassablement, notre musique.

Le groupe a développé un son indépendant qui mélange des paroles birmanes poétiques à nos racines punk tout en puisant des sonorités de rock garage, de pop et d’éléments plus classiques du rock-n-roll.

2- Pourquoi avoir choisi le nom de Side Effect pour votre groupe ?

En général, les personnes de générations plus anciennes, ou les parents, parlent de leur façon d’éduquer leurs enfants comme d’un remède, d’une médecine. Ils diraient par exemple que « plus le médicament est mauvais, plus il est bon pour toi », afin de pousser finalement leur enfants à devenir des stéréotypes. Si cette éducation a été le médicament de leurs enfants, nous en serons l’effet secondaire.

3- Revenons à vos débuts en 2004, vous avez réussi à monter un groupe avec vos propres moyens. Est ce que c’était facile à ce moment là de lancer un groupe de rock indépendant en Birmanie ? Fallait-il se contenter d’un statut underground ?

Il n’a jamais été facile d’être musicien ici. Ca ne l’est toujours pas, et c’est même encore plus dur si vous êtes un groupe indépendant. Néanmoins, nous avons toujours pensé que les grands groupes tels que The Ramones ou Sonic Youth ont commencé avec peu de public. Cela n’a pas été facile pour eux aussi. On se dit souvent : « On a choisi ce style. On n’abandonne pas et on continue ».

4- Quels sont les groupes européens ou américains qui ont pu vous inspirer ? Quels sont ceux qui vous ont donné envie de faire du rock ?

S’il n’y avait pas eu Nirvana ou The Ramones, jamais je n’aurais formé le groupe. Ils ont été une source d’inspiration immense. Surtout, ils ont montré que tout le monde pouvait le faire. Il ne s’agit pas seulement de faire les preuves de ses capacités de musiciens comme « Steve Vai » ou « Van Halen », mais de transmettre quelque chose.
Puis, entre 2003 et 2004, j’ai vu par hasard une vidéo des Strokes dans une compilation. Il s’agissait de « Last Night ». J’ai été émerveillé. Cela me semblait tellement novateur, si différent de la musique de l’époque. C’est à ce moment que je suis tombé amoureux du rock indépendant.
Maintenant, grâce à internet, on peut écouter de nombreux autres groupes, tels qu’Arcade Fire, Bloc Party, Broken Social Scene, Local Native, Yeah Yeahs, No Age, Animal Collectives ou d’autres choses dans ce style.

5- Votre groupe se caractérise par la recherche d’un rock authentique, éloigné des standards commerciaux et par son allégeance envers les valeurs de l’underground, de la contre-culture. Y-a-t-il en Birmanie un public pour ce genre de musique ?

Nous serions vraiment heureux d’être reconnu de la sorte. Il n’y a pas énormément de monde qui apprécie ce type de musique car la plupart viennent aux concerts pour voir des stars de la pop et du rock. Mais avec la nouvelle génération qui s’intéresse à la nouvelle scène musicale indépendante, nous découvrons de nouveaux visages à chaque nouvelle scène.

6- La musique est-elle pour vous un moyen d’expression ? Quels sont les messages que vous souhaitez faire passer à travers vos textes et votre musique ?

La musique est un aspect très important dans nos vies. Le batteur de notre groupe, Tser Htoo, a l’habitude d’affirmer « Music is everything ». La musique est ma raison de vivre. Si ma vie se résumait à avoir un bon métier, gagner autant d’argent que possible, rentrer dans des cases prédéfinies par la société, ça n’en vaudrait pas la peine.
Je me souviens qu’un jour, je me suis demandé ce que je désirerais faire si je devais mourir dans les prochains jours. Une seule réponse est venue à moi : faire la musique que personne ne fait. Rien d’autre ne compte. Si jamais Side Effect avait un message à transmettre, ça serait « c’est normal d’être différent », « soyez vous-même ».

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Tser Htoo, batteur du groupe Side Effect (crédit photo : Marina Perillat)

7- Malgré la fin de la censure, les choses ont-elles changé aujourd’hui pour le rock en Birmanie ? Pouvez-vous écrire et exprimer tout ce que vous voulez à travers vos chansons ?

Je n’ai pas encore ressenti de réel changement dans le rock birman depuis l’abolition de la censure. Néanmoins, je suis persuadé que les limites du genre vont bientôt être repoussées.
En ce qui nous concerne, nous avons composé quelques chansons avec une dimension politique. C’est notamment le cas de « The Change » et de « Meikhtila » Il faut du temps pour que les mentalités évoluent et que l’art engagé se démocratise à travers le pays.

8- Vous avez fait salle comble à Berlin en janvier dernier, ce voyage aurait été impossible il y a encore plusieurs mois, qu’avez-vous ressenti devant ce public étranger ? Que lui avez-vous dit, exprimé ?

Nous étions en Allemagne en Décembre 2012. Le concert à Berlin était l’événement principal mais nous avons aussi joué à Hambourg et Gera. C’était inimaginable. Le public a répondu présent et dansais sur notre musique pendant tout le concert. On a même pu plonger dans la scène et être portés par la foule ! C’était très fort pour nous de vivre ce genre de moments. C’était la première fois que nous jouions en Europe et nous avons vécu là-bas le concert le plus excitant de notre vie. Je ne cessais de me répéter : « Enfin ! Après toutes ces années ! ». Je n’ai jamais caché ce sentiment et je pense que les gens l’ont vu sur nos visages, ils ont compris que c’était spécial pour nous. Le public et Side Effect étaient liés par la musique.

9- Quels sont vos projets ? Peut-on espérer voir un jour Side Effect sur scène en France ?

Nous allons retourner en Allemagne trois semaines au mois de juillet, pour faire la première partie du plus grand groupe de punk allemande “Die Arzte”, qui sont selon moi extraordinaires. Nous aimerions aussi avoir la chance de jouer en France. Nous voudrions vraiment jouer partout, nous ne demandons que de quoi payer le logement et la nourriture. Evidemment, faire un peu plus que de couvrir nos coûts serait bien, mais nous n’en attendons pas tant. Nous espérons entrer en contact avec quelqu’un qui pourrait nous aider !


10- Pour finir, de plus en plus de groupes de rock se forment en Birmanie, croyez vous qu’un jour la Birmanie puisse être un propulseur dans le rock.

En Birmanie, le rock déjà est plutôt développé. Ce que je pense, c’est que toutes les musiques ont besoin de nouveautés, à moins de devenir ennuyeuses. Si les gens appréciaient davantage de nouvelles musiques, ou de nouveaux sons, plutôt que de se laisser nourrir passivement par les médias nationaux traditionnels, nous serions en mesure de nous rattacher à la scène mondiale très rapidement.

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publié le 30/05/2013

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