Interview du Dr. Olivier Cattin

Pouvez-vous nous rappeler votre parcours ? Depuis combien de temps êtes-vous en Birmanie ?

Je suis arrivé à Rangoun à l’été 2006 après deux années passées au Laos à mettre en place le projet de santé pour la construction du barrage d’EDF.

En quoi consiste votre mission de médecin conseil de l’Ambassade de France ?

Ma mission de médecin conseil est triple, la première est d’aider l’Ambassade dans son travail au Myanmar. La deuxième est d’aider la communauté expatriée, ainsi que les touristes français au Myanmar. Et la troisième est de contribuer à la coopération médicale entre la Birmanie et la France.

En tant que médecin-conseil, je dois donc, en relation avec les services de l’ambassade :
- assurer une mission générale de conseil en matière de santé et d’hygiène publiques ainsi que, le cas échéant, une fonction d’expertise médicale ;
- donner un avis sur l’établissement de la liste des praticiens (médecins généralistes ou spécialistes et membres de professions paramédicales) connus de l’ambassade (liste de notoriété médicale) ;
- établir, en cas de nécessité, la relation entre les services de l’ambassade et les praticiens libéraux et hospitaliers pour obtenir une information sur l’état de santé d’un Français dans les limites compatibles avec le secret professionnel ;
- remplir les fonctions que les textes réglementaires confient au « médecin de l’administration » ou au « médecin accrédité » pour l’accomplissement de certaines démarches administratives à l’étranger.

La clinique Samitivej ouvre ses portes dans l’hôpital Parami et vous en êtes le nouveau médecin consultant ? Un projet qui vous tient à cœur ?

Je connais et je travaille depuis pratiquement dix ans avec l’hôpital Samitivej qui est devenu le premier hôpital de référence à Bangkok pour les expatriés de Rangoun mais aussi en Asie du Sud Est.
L’hôpital Samitivej a une approche de santé centrée sur la famille, c’est l’hôpital mère enfant de référence en Asie du Sud Est. Grâce au dynamisme de leur directeur médical, le Dr Dhun, c’est devenu également l’hôpital de référence dans la région dans le transport aéro-médical.

La santé de la femme et de l’enfant est une priorité en Birmanie. Mon ami et expert en santé publique, le Dr Surinder Kaul m’a appris « quand dans une communauté les femmes et les enfants se portent bien, l’ensemble de la communauté se porte bien ». C’est ce à quoi je souhaite contribuer en Birmanie par la création d’un centre de vaccination international.

Pourquoi le choix de Parami ?

L’hôpital Parami a été mis en place par les Professeurs de pédiatrie de Rangoun il y a quelques années déjà avec le soutien technique de l’hôpital Samitivej. Aujourd’hui, l’hôpital Parami s’agrandit et se diversifie avec l’ouverture d’une clinique internationale et de vaccination avec le groupe Samitivej mais aussi avec la mise en place de formation en urgence médicale avec l’université de Stanford aux USA et la construction d’un nouveau bâtiment prévu courant 2014.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez été confrontées pour l’ouverture de la clinique ?

Ouvrir une clinique est un défi humain et technique. Notre équipe est aujourd’hui multinationale, avec principalement des Birmans, des Thaïlandais, des Indiens et un Français. Il nous fallait également du bon matériel médical, pouvoir assurer une bonne maintenance avec un contrôle qualité défini. Une autre difficulté à Rangoun que tout le monde connaît concerne les communications téléphoniques et internet. Avoir de bonnes lignes téléphoniques est un vrai challenge, et cela prend du temps à résoudre.

La clinique aura-t-elle des spécialités particulières ?

Oui, pour le moment clinique de vaccination internationale mais aussi dans un futur proche gynécologie et pédiatrie. Dans les deux prochaines années, d’autres services seront implantés toujours en partenariat avec l’équipe médicale de l’hôpital Parami.

Dans les deux prochaines années, nous mettrons en place d’autres services en particulier un cabinet dentaire avec un dentiste français omnipraticien, si possible avec une capacité en orthodontie. L’ambassade de France a en effet pris l’initiative de saisir l’ordre national des chirurgiens-dentistes à Paris qui a répondu très favorablement comme en témoignent les nombreuses candidatures de dentistes français intéressés par ce projet. Ce cabinet dentaire sera aux normes internationales et permettra notamment aux enfants et adultes expatriés d’avoir un suivi dentaire en Birmanie.


Quel sera son lien avec Samitivej de Bangkok ?

Le Samitivej de Bangkok est l’hôpital mère, qui nous sert de support technique mais aussi de centre de formation. Il est notre centre de référence si les soins ne peuvent pas être prodigués à Rangoun. Le centre de vaccination international, les pédiatres et gynécologues du groupe à Bangkok sont les conseillers techniques de notre clinique à Rangoun. Le directeur médical du Samitivej ainsi que l’architecte sont également conseillers techniques pour l’extension de l’hôpital Parami qui devrait commencer cette année. L’hôpital Samitivej a aussi des collaborations directes avec l’hôpital Parami, notamment en cardiologie, chirurgie orthopédique et transport aeromédical.


Parlez-nous de l’équipement médical de la clinique.

Nous venons d’acheminer plus d’une tonne de matériel médical de Bangkok, une partie est destinée à la clinique internationale et au centre de vaccination, l’autre partie a été donnée au projet d’urgence médicale de l’hôpital Parami. Notre souhait est de pouvoir prodiguer à Rangoun des soins avec la meilleure qualité possible tout en aidant l’hôpital Parami à développer ses propres services.

Combien de personnes employez-vous ?

Nous commençons avec une toute petite équipe, trois infirmières et trois médecins. L’équipe s’étoffera rapidement dans les mois à venir avec l’augmentation et la diversification de notre activité et du partenariat avec l’hôpital Parami.

Vos activités dépassent largement le simple cadre de l’exercice de la médecine. En quoi consistent-elles ? Etre médecin semble être pour vous plus une vocation qu’un métier ?

Malgré les critiques qui se sont abattues sur la Birmanie ces dernières années, il y a dans ce pays un nombre impressionnant de personnes sincères et intègres qui veulent aider leur pays à aller de l’avant. Mon activité dépasse donc souvent celle du médecin stricto sensu et je suis souvent un trait d’union ou un catalyseur entre la Birmanie et certains pays occidentaux et/ou asiatiques. Je suis la quatrième génération d’une famille de médecins. Mon père m’avait appris que notre métier est de servir les autres mais aussi de garder un esprit ouvert et curieux sur ce qui nous entoure. La Birmanie, après 8 années passées ici, reste pour moi, malgré les difficultés rencontrées, un pays d’émerveillement permanent.

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Le Dr. Olivier Cattin entouré de l’équipe de la clinique Samitivej

publié le 05/03/2014

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