Kathy Khine, 25 ans, designer en devenir

Maniant le français avec timidité mais précision, Kathy Khine se raconte avec pudeur et modestie, par petites touches. Lors de notre rencontre avec elle, cet été, la jeune Birmane est revenue sur sa découverte de la photographie, son goût pour le design, l’architecture et ses multiples projets professionnels pour concrétiser ses ambitions.
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Une soif d’apprendre

Kathy a débuté l’apprentissage du français en 2005. Plus qu’une découverte de la langue, cet enseignement a été l’occasion d’élargir ses horizons, d’accroître sa culture générale et de découvrir les sciences sociales. Animée par une réelle soif d’apprendre, la jeune femme n’hésite pas à recourir à l’autodidaxie pour assouvir sa curiosité.

Intéressée par l’architecture et le design, Kathy a été confrontée à une première difficulté, celle de trouver des formations universitaires adaptées à ses souhaits d’orientation. Rares voire inexistantes étaient les structures disponibles dans l’enseignement supérieur birman. Etudiante en français, Kathy Khine attendra 2013 pour revenir à ses premières amours en intégrant une école de design d’intérieur, ZK School of Design. Cette formation diplômante d’un an et demi lui a permis de confirmer son désir personnel de faire du design son métier.

Au-delà des enseignements universitaires, Kathy a eu et continue d’avoir recours à l’auto-apprentissage. Elle a raconté ainsi comment le visionnage de nombreuses vidéos sur le net lui ont permis de découvrir les techniques liées à la lumière, la gestion de l’espace ou des couleurs. Les vidéos de Philippe Starck sont particulièrement appréciées par la jeune femme, pour qui le support vidéo est une mise en contact direct avec l’artiste et offre une proximité inespérée avec des designers de talent. Kathy dévore également de nombreux ouvrages sur le sujet. Une grande partie d’entre eux ont d’ailleurs été rapportés de son séjour parisien, comme l’assurance de pouvoir poursuivre son apprentissage ici en Birmanie.

Kathy Khine : une histoire française

C’est en juin 2013 que Kathy remporte le concours « LabCitoyen – Allons en France » organisé par l’Institut Français de Birmanie, programme offrant aux meilleurs élèves de français la possibilité de se rendre une dizaine de jours en France. Curieuse de découvrir les opportunités d’enseignement parisiennes, elle prolongera son séjour de quelques jours pour prospecter les écoles de design, solliciter des rendez-vous et présenter ses travaux. A travers cette démarche la jeune femme souhaitait confronter son premier portfolio au jugement de professionnels. Une rencontre avec un professeur d’architecture qui a témoigné de l’intérêt pour son travail, l’a renforcé dans son choix de poursuivre sa formation dans ce secteur d’activité.

De retour à Rangoun, la jeune femme n’a qu’une idée en tête : retourner à Paris y étudier l’architecture et le design. Elle posera donc les premiers jalons de son nouveau projet parisien, en tentant d’abord d’accroître ses expériences professionnelles (notamment dans un cabinet d’architecture à Rangoun), en préparant des dossiers de candidature pour les écoles françaises, puis en essayant de réunir les moyens financiers nécessaires à un futur séjour dans la capitale française.

Si la première transmission de dossiers de candidatures en France n’a pas abouti, Kathy n’en est pas restée là. Ainsi, son dossier de candidature pour le BTS de design de l’Ecole Boulle, même s’il ne lui a pas permis d’être sélectionnée pour la formation, a tout de même attiré l’attention des responsables de la formation. Il lui a donc été proposé de participer au programme de formation de 6 mois destiné aux étudiants étrangers. Candidate à une bourse auprès de Campus France, Kathy est bien déterminée à concrétiser ce nouveau projet dans la prestigieuse école parisienne, quitte à se rendre en France sur ses deniers personnels. Si ses parents sont en mesure de la soutenir financièrement à Rangoun dans ses projets, il sera plus délicat, voire impossible pour eux de l’aider dans son expérience parisienne. Mais Kathy n’a pas baissé les bras et, dans l’attente d’une réponse pour sa bourse, la jeune femme s’est donc mis en quête de petits boulots afin de mettre quelques économies de côté.

Une jeune femme fourmillant de projets et cultivant une identité « à part »

Jeune femme pragmatique et raisonnée, Kathy reconnaît multiplier les projets pour ne s’interdire aucune alternative. Volontaire, déterminée, elle souhaite se donner les moyens de ses ambitions. Elle admet également que disposer de plusieurs options est aussi la garantie pour elle de parer à d’éventuels échecs ou déceptions. Pour assurer ses arrières, la jeune birmane a donc décidé de développer d’autres projets professionnels en plus de celui de partir se former en France. En partenariat avec un ami de son père, elle travaille ainsi depuis mars au montage d’une maison d’hôtes, un espace d’hébergement dédié aux visiteurs de Rangoun présents sur de courtes périodes et dont les besoins ne sont pas satisfaits par les seules alternatives hôtelières. Alliant les domaines du design et de la gestion, cet autre projet lui permet ainsi de rester en contact avec son désir de travailler les espaces intérieurs.

Issue d’une famille éduquée, Kathy reconnaît que ses parents ont été un important soutien pour elle. C’est en suivant sur le terrain son père médecin qu’elle a découvert la photographie. Dispensant des soins médicaux lors de missions dans des villages, le père de Kathy l’autorisait ainsi à être du voyage. Lors de ces déplacements, la jeune femme a ainsi pris ses premiers clichés dès l’âge de 14 ans. Si ses deux sœurs ont privilégié l’une la profession médicale, l’autre la carrière dentaire, Kathy cultive donc son identité « à part » en choisissant de devenir une artiste. Farouchement déterminée, la jeune Birmane n’en demeure pas moins modeste. Refusant pour le moment de se définir comme designer ou graphiste, elle insiste davantage sur toutes les compétences et les enseignements qu’il lui reste à acquérir.

Cette identité « à part » est aussi celle qui nourrit son goût pour la photographie brute, sans retouches. Avec enthousiasme et simplicité, Kathy explique à qui veut l’entendre que prendre un cliché est un parti pris, un choix, une vision qui n’ont un intérêt que s’ils perdurent, s’ils ne sont pas remis en cause ou altérer. Elle plaide aussi pour des projets novateurs, inédits, bousculant l’existant et audacieux. Elle regrette d’ailleurs que les clients birmans dans le secteur du design aient tendance à ne vouloir imiter que ce qu’il existe déjà, à dupliquer des idées trouvées dans des catalogues. Malgré les difficultés, Kathy Khine est bien décidée à promouvoir ce souffle de nouveauté en Birmanie.

publié le 05/09/2014

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