Kyaukphyu, un projet de zone industrielle dans l’ouest de la Birmanie

Outre la myriade de zones industrielles privées plus ou moins bien aménagées, la Birmanie fait la promotion de trois zones économiques spéciales (SEZ), qui font l’objet de dispositifs réglementaires et légaux spécifiques et d’un fort soutien de l’Etat. La plus avancée est celle de Thilawa, à 25 km de Yangon, qui, au-delà de sa localisation à proximité du centre industriel et commercial principal, bénéficie de financements japonais. Celle de Dawei, particulièrement soutenue par les Thaïlandais, et très (sans doute trop) ambitieuse rencontre des difficultés de toutes sortes et va certainement faire l’objet d’une révision.

La troisième est celle de Kyaukphyu, sur l’île de Yanbye (Ramree) située sur la côte du golfe du Bengale au milieu de l’Etat Rakhine, à peu près à la même latitude que Naypyitaw.

La zone délimitée s’étend sur 1 900 hectares, dont 400 pour le port, 1000 pour la zone industrielle et 500 pour la zone résidentielle. Le coût des infrastructures initiales est estimé à 277 M USD. Le consultant pour le développement de la zone est la société singapourienne CPG Consortium. Une douzaine d’investisseurs birmans ont constitué un groupement pour gérer la zone de manière privée. Le gouvernement espère la création de 58 000 emplois dès la fin de la première phase prévue pour 2016.

Le site possède de nombreux atouts : sa situation à équidistance de la Chine, de l’Inde et de l’ASEAN, un environnement maritime favorable à la construction du port, la proximité des champs gaziers offshore, du terrain disponible, une faible densité de population. La zone sera cependant handicapée par son éloignement de centres urbains significatifs et des infrastructures de liaison avec le reste de la Birmanie encore peu développées.

Les secteurs ciblés pour la partie industrielle sont les matériaux de construction, encore largement importés, le textile/confection, l’agroalimentaire, notamment les produits de la mer, la base logistique pour les recherches offshore et le tourisme.
Le principal attrait de la zone reste cependant l’intérêt qu’y portent les Chinois, qui y ont déjà installé les terminaux gazier et pétrolier qui alimentent les deux conduites (gaz et pétrole) destinées à acheminer les produits vers la Chine sur une longueur de 870 km. L’existence de ces installations est une amorce très utile pour les investisseurs intéressés. Le gouvernement birman s’efforce cependant de ne pas présenter le projet comme une plateforme chinoise et souhaite que d’autres pays s’y intéressent. Ce ne sera sans doute pas le cas de l’Inde qui mise, plus au nord, sur Sittwe, plus adaptée à la stratégie indienne de désenclavement de ses Etats du Nord-Est (Mizoram, Manipur, Nagaland…).

Si les pipelines sont d’ores et déjà prêts, le chemin de fer de Kyaukphyu à la frontière chinoise que les Chinois envisagent de financer n’en est qu’au stade de projet. L’amélioration de la route vers Magwe sera certainement réalisée plus rapidement.

Conçue à taille raisonnable, cette SEZ a de bonnes chances de succès. Elle permettra en tous cas de rééquilibrer la présence économique dans l’ouest du pays qui peine à décoller en raison des troubles de sécurité du nord de cet Etat.

publié le 05/09/2014

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