L’Édito de l’Ambassadeur

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SE M. Mathou, Ambassadeur de France en Birmanie

La Birmanie ne compterait donc « que » 51 millions d’habitants soit près de 10 millions de moins que les estimations qui circulaient jusqu’à récemment. Les résultats définitifs du premier recensement national organisé dans le pays depuis 1983 ne seront connus qu’au printemps 2015. Mais un certain nombre de conclusions s’imposent d’ores et déjà.

Quatre facteurs expliquent le décalage entre la réalité et les projections. Le taux de natalité a baissé plus rapidement que prévu au cours des dernières années. Depuis quatre décennies, l’outil statistique était opaque et défaillant. Les Birmans résidant à l’étranger –travailleurs, étudiants, réfugiés- dont on estime généralement le nombre à 3 ou 4 millions, n’ont pas été comptabilisés. Enfin le recensement n’a pas permis de prendre en compte l’ensemble des minorités ethniques, notamment les Rohingyas dans l’Arakan mais aussi certaines des populations résidant dans les états Kachin et Karen où la situation de belligérance latente a empêché le gouvernement de mener à bien le recensement. Environ 1,2 millions de personnes –dont 800.000 dans le seul Arakan- n’auraient pas été comptabilisées.

En dépit de son caractère incomplet, le recensement permet toutefois de mettre en évidence un certain nombre de paramètres importants pour appréhender la « nouvelle » Birmanie. Conformément aux estimations, la population rurale reste largement majoritaire (70%) d’où l’importance qu’il convient de lui accorder en matière d’aide au développement. Bien que l’exode rural ne soit pas encore massif, les pôles urbains se densifient, en particulier Rangoun qui compte déjà plus de 5 millions d’habitants- soit quatre fois plus que Mandalay- et enregistre une densité de 723 habitants/km² contre une moyenne nationale de 76, nettement inférieure à celle de pays comme la Thaïlande ou l’Indonésie (environ 130). Les 11 millions de ménages recensés sont composés en moyenne de 4,4 personnes. Enfin la Birmanie compte plus de femmes (51,8%) que d’hommes, statistique faisant ressortir la pertinence du choix fait par la France de mettre en avant dans sa politique d’aide au développement la promotion des droits des femmes comme l’illustrera pour la seconde année consécutive le grand forum que l’ambassade organisera en décembre prochain à Rangoun et Naypyidaw.

Moins nombreux que prévu, les Birmans sont théoriquement plus riches, cette notion restant toutefois relative. La confirmation des résultats du recensement pourrait être susceptible à terme d’influencer le statut économique de la Birmanie qui est actuellement classée dans la catégorie des Pays les Moins Avancés (P.M.A.), évolution non certaine toutefois qu’il conviendra de suivre avec attention car elle pourrait avoir des conséquences comme l’éligibilité de la Birmanie à de nouveaux mécanismes tels que la Réserve Pays Emergent (R.P.E) du dispositif français de soutien au commerce extérieur qui serait particulièrement adaptée au besoin de nos entreprises. Au-delà des conséquences économiques, la confirmation des résultats du recensement à quelques mois des élections de 2015, ne sera pas neutre, la composition ethnique de la population et l’évolution de chacun des groupes étant plus que jamais un sujet sensible dans un pays en pleine mutation, en quête d’un nouvel équilibre.

Thierry Mathou
Ambassadeur

publié le 05/04/2016

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