L’Edito de l’Ambassadeur

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SE M. Mathou, Ambassadeur de France en Birmanie

Dix-huit mois se sont écoulés entre la levée des sanctions européennes qui a donné le signal qu’attendaient les entreprises pour prospecter pleinement le marché birman et l’édition par Ubifrance du premier guide des affaires consacré à la Birmanie. Dix-huit mois au cours desquels les échanges franco-birmans ont progressé de manière spectaculaire, à l’instar de nos exportations qui ont augmenté de 85% au cours du 1er trimestre 2014 par rapport à la même période de l’année précédente, pour atteindre plus de 75M€.

Bien que cette évolution parte d’un niveau très bas et que la Birmanie ne représente que 1,22% de nos exportations vers l’ASEAN -contre 0,59 % en 2013- la dynamique est réelle et les perspectives prometteuses. Plusieurs entreprises françaises enregistrent d’ores et déjà des succès notables : tandis que l’aéronautique s’affirme comme notre premier poste exportateur, l’implantation française, jusqu’ici cantonnée au domaine de l’exploitation gazière qui a vocation à rester un de nos fleurons en Birmanie, concerne désormais des secteurs aussi variés que les BTP, l’hôtellerie, le matériel électrique, l’ingénierie ou la pharmacie. Nombre d’entreprises ont posé les jalons d’une expansion à venir dans les domaines du traitement de l’eau, du ciment, du transport ferroviaire, de l’hydroélectricité, de l’automobile, de la pêche, des NTIC, des services bancaires, des cosmétiques, de l’agro-alimentaire, et des vins et spiritueux. Fait notable : la mobilisation concerne non seulement les grandes entreprises mais aussi un nombre croissant de PME qui ont opportunément détecté des marchés de niches.

Le potentiel birman est considérable, à l’échelle des besoins du pays et de sa population. L’adéquation entre l’offre française et la demande locale est souvent optimale. Pour autant, la Birmanie est encore loin de l’Eldorado décrit par certains. Dans le domaine économique comme sur le plan politique, elle est plus que jamais un pays en transition. Un cadre juridique en devenir, des pratiques commerciales opaques, la permanence des archaïsmes, de nombreux obstacles à l’accès au marché, l’importance des particularismes culturels et du contexte politique global rendent plus qu’ailleurs nécessaire une connaissance approfondie du pays. La Birmanie n’est pas un marché que l’on peut apprivoiser depuis l’étranger même si l’expérience acquise ailleurs en Asie du Sud-est ou en Chine peut se révéler utile. Une prospection assidue, voire une implantation exploratoire, s’avère dans bien des cas indispensable dans un contexte où la concurrence, malgré le manque de maturité du marché, est de plus en plus présente.

Une autre évidence tient à la nécessité de créer chaque fois que cela est possible des synergies franco-françaises. Insuffisamment inscrite dans l’ADN de nos entreprises, cette démarche est pourtant de nature à permettre à la France de faire valoir ses savoir-faire dans un pays où il importe de créer des dynamiques de filières pour des raisons évidentes de visibilité et d’efficacité. C’est la raison pour laquelle une initiative est en préparation pour mobiliser l’ensemble des acteurs publics et privés du pôle « mieux vivre en ville » qui regroupe les entreprises et opérateurs intervenant dans le domaine des services urbains, du bâtiment, de l’environnement, et des transports. Une attention particulière sera accordée à la filière « traitement de l’eau et des déchets », domaine où nos entreprises ont des perspectives considérables en Birmanie, et que nos opérateurs, à l’instar de l’AFD, ont d’ores et déjà placé au rang de leurs priorités.

La montée en puissance de la toute nouvelle Chambre de Commerce franco-birmane que des développements à venir devraient amener à jouer un rôle central dans la promotion des intérêts européens en Birmanie, la prochaine visite à Rangoun et Naypyidaw d’une délégation du MEDEF International, deux ans après une première mission exploratoire, la mobilisation d’Ubifrance et de l’AFD en passe de franchir une nouvelle étape dans sa démarche en Birmanie, et des visites ministérielles à venir, seront autant d’occasions de souligner l’importance économique que représente désormais la Birmanie, citée par le Président de la République, lors de son discours d’ouverture de la dernière conférence des ambassadeurs, comme un des pays importants en Asie où il convient de travailler à l’effort national de redressement du commerce extérieur. A ce titre, si la Birmanie reste pleinement, compte tenu des échéances politiques qui l’attendent, un espace de vigilance et de mobilisation sur les questions clés des droits de l’homme et de la démocratie, elle est aussi une priorité de notre diplomatie économique, deux approches qui, loin de se contredire, sont plus que jamais complémentaires car répondant toutes deux aux attentes de la population birmane.

Thierry MATHOU
Ambassadeur

Pour télécharger le guide, merci de cliquer ici

Présentation du guide des affaires Birmanie 2014 :

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publié le 05/04/2016

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