L’édito de l’Ambassadeur

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SE M. Mathou, Ambassadeur de France en Birmanie

L’économie est amenée à jouer un rôle croissant dans la relation franco-birmane désormais globale, comme l’illustrera une nouvelle fois dans quelques jours la visite de Philipe Varin, envoyé spécial du Ministre des Affaires étrangères et du développement international pour les relations économiques avec l’ASEAN, qui sera reçu à Naypyidaw la veille du sommet de l’ASEAN, et comme vient de le démontrer la nouvelle visite en Birmanie d’une délégation d’entreprises encadrée par le MEDEF International. Alors que le nombre d’entreprises françaises s’implantant en Birmanie ou envisageant d’y développer des liens d’affaires se multiplie, beaucoup s’interroge à juste titre sur le « risque » birman, trois ans et demie après le lancement du processus de réforme et à un an d’échéances électorales majeures.

La situation a beaucoup évolué sur le terrain depuis la première visite du MEDEF en juillet 2012, dans la sphère économique bien sûr, mais également dans le domaine politique. La récente réunion au sommet organisée à Naypyidaw par le président Thein Sein en présence des principaux leaders du pays, y compris du chef d’état-major de l’armée, même si elle est loin d’apporter des réponses à toutes les questions posées, démontre une nouvelle fois la singularité du processus de transition birman dont la pérennité reposera non seulement sur les élections générales -dont l’organisation est désormais confirmée pour la période située entre la fin octobre et le début novembre 2015- mais également sur les compromis auxquels pourront parvenir les parties prenantes qu’il s’agisse du régime avec ses différentes composantes que sont le gouvernement, le parlement, l’U.S.D.P., et l’armée ; les partis d’opposition, au premier rang desquels la L.N.D. ; et bien sûr les groupes ethniques plus que jamais au cœur de la question birmane.

Un processus de transition est par définition un pari sur l’avenir. Nul ne peut préjuger du résultat du prochain scrutin et surtout des conséquences qui en seront tirées par les différents protagonistes. En revanche la singularité du « modèle » birman, qui réside dans le caractère administré de la transition, souhaitée par le régime lui-même dans le cadre d’une « feuille de route » –d’où ses atouts et ses faiblesses- présente un certain nombre de garde-fous. Force est de constater que tous les acteurs responsables, aujourd’hui en présence, ont intérêt à la poursuite du processus de transition. La principale divergence –certes de taille- réside dans le rythme des réformes à venir.

Dans cette perspective, un certain nombre de dossiers urgents sont sur la table dont la révision de la constitution, le mode de scrutin des prochaines élections, et l’accord national de cessez-le-feu. L’urgence de ces dossiers tient non seulement à l’importance des questions sous-jacentes, mais aussi au fait qu’ils conditionnent la suite du processus. De fait, la réunion au sommet organisée à Naypyidaw a montré que des contraintes politiques mais également juridiques – les calendriers électoral et parlementaire notamment- exigeaient des réponses rapides à certaines des questions posées. Les prochaines semaines devraient donc être cruciales pour préciser un horizon qui demeure à ce stade ouvert, en dépit d’interrogations légitimes sur le rythme et le contenu des réformes qui ne sont pas toutefois de nature à remettre en question la mobilisation des acteurs internationaux, notamment des entreprises.

Thierry Mathou
Ambassadeur

publié le 05/04/2016

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