La diaspora birmane

Docteur en Sciences Politiques de l’IEP de Paris et enseignant-chercheur à l’Université de Hong Kong, Renaud Egreteau [1] s’est penché sur la question de la diaspora birmane au sein d’un article paru dans le Journal of Current Southeast Asian Affairs. Deux approches structurent sa réflexion : l’influence de la communauté birmane expatriée sur les changements politiques intervenus et l’impact du retour de ces populations sur la vie économique et sociale en Birmanie. En voici une courte présentation :

La diaspora birmane s’est considérablement élargie au cours des vingt dernières années. Ses membres – exilés, réfugiés ou simples migrants – ont emprunté des chemins variés à travers l’Asie (et au-delà), générant de nouvelles attaches avec leur pays d’accueil tout en conservant des liens plus ou moins solides avec la Birmanie. Si certains se sont lancés dans un délicat processus d’assimilation culturelle au sein de leurs nouvelles communautés, la plupart ont conservé un fort esprit de solidarité nationale, bâti sur les liens ethniques et communautaires. Au total, on dénombrerait près de 3 millions d’expatriés birmans sur le continent asiatique, même si aucun chiffre officiel n’existe.

La destination privilégié des migrants birmans est sans aucun doute la Thaïlande, où environ 2 millions de nationaux s’y seraient installés. Réfugiés ethniques fuyant les guerres civiles, dissidents politiques en exil, migrants économiques ou simples étudiants ont trouvé refuge chez le voisin thaïlandais lors des deux dernières décennies. La frontière entre les deux Etats est devenu un lieu de grande interaction transnationale, suscitant l’intérêt de nombreux chercheurs mais surtout de multiples ONG et Organisations Internationales. Les autres principaux pays d’accueil de la diaspora birmane sont la Malaisie (500.000 birmans), le Bengladesh (300.000), le Pakistan (300.000), l’Inde (80.000) et la Chine (40.000). Par ailleurs, Singapour accueille près de 5000 étudiants birmans.
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Depuis les soulèvements de 1988, les communautés birmanes expatriées ont ouvertes de nouveaux espaces transnationaux propices à la dissidence politique. De nombreux médias se sont ainsi établis dans les pays voisins afin de conserver leur liberté d’expression. Ces groupes militant pour la démocratie ont su être assez influents pour attirer l’attention des gouvernements occidentaux ainsi que celle des organisations internationales. Cependant, le succès de leurs actions reste relatif. La libération d’Aung San Suu Kyi en novembre 2010 et la formation d’un gouvernement semi civil – à l’origine du processus de réformes démocratiques actuel – en mars 2011 n’est pas le résultat direct de la pression des groupes politiques birmans en exil, ni celui du « monde extérieur ».

La question du retour des expatriés birmans est devenue essentielle dans la Birmanie post-junte militaire. Il ne fait aucun doute que la diaspora birmane a un rôle important à jouer dans ce nouveau contexte. Quelques dissidents populaires sont d’ores et déjà revenus, à l’image des leaders de la Génération 88 (retour au début de l’année 2012). Le retour de ces trois millions de personnes est par ailleurs un enjeu économique majeur pour le pays. Une étude récente menée par Andy Hall, chercheur basé à Bangkok, montre que 10% de la force de travail birmane est située dans des pays étrangers, où ils représentent la plupart du temps une main d’œuvre peu coûteuse, ayant débarquée illégalement lors des années de dictature militaire en Birmanie, synonymes de stagnation économique dans le pays et de faibles opportunités de travail pour ses citoyens.

[1Egreteau, R. (2012), Burma in Diaspora : A Preliminary Research Note on the Politics of Burmese Diasporic Communities in Asia, Journal of Current Southeast Affairs 2/2012, 115-147.

publié le 01/04/2013

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