La fourniture d’électricité : principal goulot d’étranglement pour les investissements ?

La situation difficile de la fourniture d’électricité en Birmanie pourrait bien être le principal handicap pour les investisseurs potentiels.

La conférence organisée par Euromoney à Nay Pyi Taw en septembre dernier pour faire le point sur l’investissement a mis en lumière les atouts mais aussi les handicaps du pays pour attirer les investissements. Parmi ceux-ci, et avant la lourdeur de la bureaucratie, le sous-développement du système bancaire, les coûts élevés de l’immobilier, les insuffisances des ressources humaines, notamment en termes de formation, l’état de la fourniture d’électricité apparait comme le premier paramètre de nature à rebuter les candidats à l’investissement.

La puissance théorique installée de 3 600 MW - beaucoup moins pendant la saison sèche, lorsque les réservoirs se vident- fait pâle figure à côté des 30 000 MW disponibles en Thaïlande. Les trois quart des Birmans n’ont aucun accès à l’électricité, tandis que le quart doit s’accommoder des irrégularités de la fourniture.

Le prix du kwh est certes très compétitif : 35 Kyats (2,5 cts €) pour un particulier ; et 70 Kyat (5 cts €) pour un industriel. Mais si l’entreprise veut fonctionner de manière certaine, il lui faut acquérir un générateur et l’alimenter en arburant, ce qui porte le coût du kwh aux environs de 22 cts €.

Comme elles n’ont pas à supporter l’amortissement du coût des centrales existantes, les sociétés publiques qui distribuent l’électricité ne perdent pas d’argent. En revanche, lorsqu’il faut développer la production et construire de nouvelles centrales, l’Etat ne dispose pas des fonds nécessaires. Les banques de développement ne disposent pas non plus de ressources suffisantes, d’où la nécessité pour les investisseurs privés d’entrer dans le circuit. Ils ne le feront toutefois que s’ils ont des chances de récupérer leur investissement et de générer des profits. Pour cela, il faudrait que le prix de vente du kwh soit proche de 8 cts € en moyenne, soit une hausse très substantielle, surtout pour les particuliers, qui s’avèrent être aussi des électeurs...
Le ministère de l’Electricité souhaite augmenter de 15 000 MW la puissance installée à l’horizon de 10 à 15 ans, soit un investissement nécessaire de l’ordre de 30 milliards de dollars. Une telle croissance de la production est théoriquement possible compte tenu du potentiel hydroélectrique de la Birmanie, de la proportion croissante du gaz birman amené à être utilisé à l’intérieur du pays, et d’autres sources potentielles, tels que l’éolien, le solaire, et le charbon. Mais la question du coût restera centrale. L’équation ne trouvera de solution qu’à condition que les tarifs augmentent, mesure qui ne sera guère populaire, même si en contrepartie, plus de consommateurs bénéficieront d’un accès à l’électricité.

L’électricité constitue à n’en point douter un secteur stratégique en Birmanie qui conditionne, plus que tout autre, le développement de toute l’économie. Les grands investisseurs et les équipementiers mondiaux, dont les Français, déjà très présents, ont bien compris l’enjeu.

publié le 28/10/2013

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