La situation économique de la Birmanie

1. Une économie peu développée, essentiellement agricole, mais disposant d’atouts considérables

Pays relativement prospère dans les années soixante, la Birmanie est aujourd’hui classée dans la catégorie des pays les moins avancés (PMA) : avec un PIB par habitant de 1 270 USD en 2014/15, il se classe parmi les plus mauvais résultats de l’ASEAN. La Birmanie dispose pourtant d’atouts considérables : des matières premières abondantes (mines, bois, gaz, pétrole), un marché potentiel de plus de 52 millions de consommateurs et une intégration régionale forte du fait de son appartenance à l’ASEAN (depuis 1997) et de ses liens étroits avec la Chine. L’économie reste centrée sur l’agriculture (34 % du PIB et 70 % des emplois), le secteur industriel demeurant peu développé (23% du PIB) et concentré dans les industries agroalimentaires, l’énergie, la confection et l’extraction minière. Les réformes économiques en cours laissent augurer une expansion rapide de l’économie, à la condition toutefois que l’administration se dote des ressources suffisantes -en particulier sur le plan humain- pour mener à bien la libéralisation de l’économie.

2. Performances récentes de l’économie

La croissance en 2014/15 s’est élevée à 8,5 %, un chiffre qui devrait rester relativement stable dans les prochaines années selon le FMI. Le taux d’ouverture internationale de l’économie n’est que de 23 % du PIB et ses échanges sont, à 90%, avec ses dynamiques voisins d’Asie. L’inflation est forte, environ 10 % en ce moment. Les réserves de change officielles approchent 3 mois d’importations et bénéficient d’une réorganisation autour de la banque centrale après avoir été dispersées au sein de plusieurs banques d’Etat. La croissance des investissements étrangers dans le secteur énergétique notamment, atténue l’impact de la dégradation du solde commercial et, couplée aux transferts des non-résidents, permet un solde positif. Les principaux investisseurs sont asiatiques : Chine, Thaïlande et Corée représentent plus de 80 % des flux entrants.

3. L’efficacité de la politique macroéconomique reste à ce stade limitée.

Sur le plan monétaire, les autorités ont réussi en 2012 l’unification des différents taux de change. Le taux est désormais établi par le marché. La devise locale, le Kyat, a, depuis baissé de 870 pour 1 $ à 1 300. Au niveau budgétaire, le déficit tend à se stabiliser à moins de 5 % du PIB et restera encore élevé pendant plusieurs années. Son financement a désormais principalement recours à l’emprunt intérieur, encore très soutenable puisque l’endettement intérieur n’est que de 15 % du PIB. La dette extérieure a été considérablement réduite à la suite de l’accord obtenu en Club de Paris en janvier 2013 et représente aujourd’hui également 15 % du PIB. Avec le traitement concomitant des arriérés dus à la Banque Mondiale et à la Banque Asiatique de Développement, la soutenabilité de la dette est jugée bonne par le FMI. Le budget fait aussi l’objet d’une transparence nouvelle et de débats de bonne qualité au Parlement. La dépense consacrée à la santé et à l’éducation a été fortement augmentée, mais il est vrai que le niveau de départ était très bas. Le principal défi sera la croissance de la collecte fiscale qui avec 8 % du PIB est aujourd’hui l’une des plus faible au monde.

4. Une volonté d’ouverture et de réformes structurelles nécessaires pour réaliser le potentiel de croissance.

Le passage progressif d’une économie largement étatisée à une économie de marché s’appuie sur un programme de réformes ambitieux lancé en 2011, dont les premiers résultats commencent à se concrétiser, même si beaucoup reste à faire.

Un premier train de réformes porte sur la stabilisation macroéconomique et repose sur 3 axes. Tout d’abord, l’unification du taux de change et la levée des restrictions sur les transactions courantes et les transferts avec l’étranger. C’est ensuite la réforme sur l’indépendance de la Banque centrale, qui bénéficie maintenant d’une autonomie opérationnelle et de moyens lui permettant de mener une véritable politique monétaire et de reprendre la main sur la régulation et supervision bancaire, la gestion et la détention des réserves de change. C’est enfin la libéralisation, encore très limitée, du secteur bancaire : déréglementation partielle des taux de rémunération des dépôts pour les banques privées, également autorisées à effectuer des transactions en devises, modernisation des moyens de paiement, ouverture graduelle aux banques étrangères encore sous la forme de bureaux de représentation. En outre, la modernisation du secteur financier se poursuit, avec la mise en place d’un marché interbancaire pour améliorer les conditions de liquidités, l’élargissement aux entreprises d’Etat des émissions obligataires et la création d’une bourse qui sera inaugurée le 9 décembre 2015.

Un second groupe de réformes porte sur l’amélioration de la politique budgétaire : approbation préalable du budget par le Parlement qui permet désormais un débat sur les orientations budgétaires et les priorités en termes d’allocation de dépenses ; réflexion engagée sur la restructuration et la privatisation partielle de certaines entreprises d’Etat ; séparation attendue, avec l’indépendance de la Banque centrale, des politiques budgétaire et monétaire. En outre, la réforme de la gestion des finances publiques se poursuit dans le but de réduire les coûts, améliorer l’efficacité de l’administration et mieux prendre en compte les objectifs de développement à moyen terme, tout en veillant à leur compatibilité avec l’évolution de la dette externe.

Un dernier volet de réformes concerne l’amélioration du cadre de l’investissement : nouvelle loi sur les investissements étrangers qui devrait connaître une nouvelle version au début de 2016 (novembre 2012) et institution d’une Commission des Investissements, création de 3 zones spéciales d’activités offrant un cadre fiscal attractif pour les investisseurs (port industriel de Dawei, port de Thilawa et zone portuaire de Kyawkphyu, point de départ du nouveau pipeline construit par les Chinois pour relier le golfe du Bengale et la province chinoise du Yunnan), réforme foncière attendue.


[(Principaux indicateurs économiques

PIB : 63 Mds USD

PIB par habitant : 1 370 USD

Taux de croissance : 8,5 %

Taux d’inflation :10 % (fin 2015)

Solde budgétaire : -3,5% du PIB (2014/15)

Réserves de change : 5 Mds USD (fin 2015)

Solde commercial : -5 Mds USD (2014/15)

Principaux clients : Thaïlande (38%), Chine (22%), Inde (10%), Japon (4%)

Principaux fournisseurs : Chine (26%), Singapour (25%), Japon (10%), Thaïlande (7%)

Principaux investisseurs étrangers : Chine, Thaïlande

publié le 26/01/2016

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