Le vin : de retour en Birmanie

Autrefois denrée inconnue du grand public en Birmanie, les vins et spiritueux ont fait leur entrée sur le marché birman. S’agissant des vins, deux facteurs ont été prédominants, l’intention de satisfaire une demande principalement étrangère dans les hôtels et les restaurants, puis l’émergence d’une production locale dans l’Etat Shan, sous les marques Ayathaya et Red Mountain, depuis une dizaine d’années, Ayathaya bénéficiant d’une assistance technique allemande, et Red Mountain de la compétence d’un professionnel français, François Raynal qui porte haut les couleurs du savoir-faire français en matière de vinification. Cette production locale a stimulé la consommation y compris au profit des importations.

Pour les spiritueux, la présence des whiskies écossais (la Birmanie fait plutôt partie de l’Asie-whisky que de l’Asie-cognac) et dans une bien moindre mesure du Cognac est plus ancienne, bénéficiant de la porosité des frontières terrestres.

Les autorités avaient, depuis une dizaine d’années, donné des licences d’importation aux hôtels et restaurants, qui approvisionnaient ensuite de manière plus ou moins illégale les détaillants, sans susciter beaucoup d’émoi de la part des autorités. Ces vins et spiritueux entraient par des chemins divers, et généralement sans régler aux douanes les droits de 40 % + 50 %, ce qui permettait de trouver sur le marché des produits à des prix très raisonnables, ainsi d’ailleurs que les cognacs et vins beaucoup plus chers, qu’une clientèle fortunée consommait avec une certaine ostentation.

En décembre 2013 l’action concertée des ministères des Finances et du Commerce a mis fin à cet état de fait satisfaisant pour les consommateurs mais peu productif en recettes fiscales. Les commerçants, y compris les supermarchés, ont alors quasiment vidé leurs rayons de leurs vins, ceux-ci restant toutefois disponibles dans les hôtels et restaurants.

Une nouvelle réglementation a été annoncée, qui devait notamment énoncer les règles en matière de licences d’importation et de distribution. Un lobby des producteurs locaux de whiskies de bas de gamme, craignant les concurrences thaïlandaise, chinoise et indienne, aurait ralenti le processus. Le ministère du commerce vient de faire circuler de nouvelles dispositions qui devraient permettre de rétablir un commerce légal. Le niveau des droits n’y figure pas et on peut présumer qu’il restera égal au précédent alors que des craintes laissaient présager une forte hausse comme en Thaïlande ou en Indonésie. Quelques dispositions de la circulaire paraissent complexes et peu pratiques. Elles ne sont peut-être que temporaires. L’application de la circulaire devrait de toute façon faciliter la reprise du commerce.

Paradoxalement, pendant l’année du « gel » qu’a été 2014, les exportations françaises de vins ont bondi de + 129 % pour les neuf premiers mois de l’année par rapport à la même période de 2013. Sachant que l’essentiel des importations de ces produits se fait ici à partir de Singapour et n’apparaît pas dans ces statistiques, l’interprétation de ce chiffre doit demeurer prudente. Les importateurs locaux ont néanmoins signalé plusieurs fois à nos professionnels exportateurs de vins que les prix singapouriens étaient sensiblement plus élevés que les leurs et qu’ils recherchaient désormais des importations directes, ce que nous commençons à percevoir dans les statistiques. Ubifrance a organisé en 2014 à la résidence de France une opération collective très suivie par les Birmans, malgré les incertitudes réglementaires d’alors. Cette opération sera renouvelée en 2015. Les Birmans, d’une manière générale, considèrent la France comme la référence en matière de vins. Pour le cognac, l’évolution de l’influence chinoise, par opposition à l’influence thaïlandaise favorable au whisky, déterminera la croissance de la consommation.

publié le 06/01/2015

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