Les femmes en Birmanie

Plus nombreuses que les hommes (51,8% de la population selon le dernier recensement), les Birmanes ont un niveau moyen d’alphabétisation et d’éducation relativement élevé en Asie du Sud-est. Bien que certaines d’entre elles accèdent à des emplois supérieurs, elles constituent encore une exception. Les femmes sont globalement moins bien payées que leurs homologues masculins à compétences égales. Dans certaines régions, les femmes, plus vulnérables, sont les premières victimes de la pauvreté. Elles sont également particulièrement exposées dans les zones ethniques où se sont développés au cours des dernières années des conflits à l’origine de nombreuses violations de leurs droits fondamentaux. Le processus de transition politique et économique dans lequel la Birmanie est engagée depuis 2011 s’accompagne d’évolutions encourageantes pour le statut des femmes, qu’il convient de soutenir.

Un statut juridique perfectible

La Constitution, socle d’une égalité en droit
Conformément à l’article 348, la Constitution de la République de l’Union de Birmanie (2008) stipule que « tous les citoyens sont égaux devant la loi, sans distinction de race, de religion, de statut, et de sexe ». Ils « jouissent de chances égales, profitent des avantages découlant de leur travail en proportion de leur contribution manuelle ou intellectuelle à ce travail, et ont le droit d’hériter conformément à la loi ». L’article 32A indique également que l’Union « doit s’occuper des mères et des enfants ».
Enfin, si le cadre constitutionnel permet aussi aux femmes de bénéficier, à travail égal, des mêmes droits et rémunérations que les hommes (article 350), il comporte également des dispositions plus restrictives qui autorisent de limiter l’accès de certains postes aux seuls hommes. L’article 352 précise ainsi que « rien ne doit empêcher la nomination d’hommes aux postes qui sont jugées convenables seulement pour les hommes ».
Plus récemment, un projet de loi en préparation a suscité de vives oppositions notamment parmi les organisations de défense des droits des femmes. En mars 2014, une vaste campagne soutenue par près d’une centaine de structures de la société civile a dénoncé un projet interdisant les mariages interreligieux et considéré par les organisations comme une violation de la liberté de choix et religieuse des femmes.

Des structures institutionnelles fers de lance des droits des femmes
En 1996, le Ministère de la protection sociale, des secours et de la réinstallation, en charge des questions de genre, a créé le « Comité national du Myanmar pour la condition féminine » (Myanmar National Committee for Women’s Affairs-MNCWA) pour assurer la promotion des droits des femmes. Un « Comité national de travail pour la condition féminine » (Myanmar National Working Committee for Women’s Affairs, MNWCWA) a également été formé pour assurer la coordination des comités régionaux sur ces questions. Ce Groupe travaille également en étroite coopération avec des ONG et agences onusiennes pour protéger les droits des femmes et apporter une réponse humanitaire aux inégalités de développement.

Un engagement encore incomplet sur le plan international
La Birmanie est signataire depuis 1997 de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW). En revanche, elle n’a pas encore signé le Protocole facultatif. Le pays s’est également engagé à améliorer la situation des femmes en adhérant à des initiatives internationales comme les Objectifs du Millénaire pour le Développement, la Conférence internationale sur la population et le développement de 1994, ou la Déclaration et le Programme d’action adoptée à l’occasion de la quatrième Conférence mondiale pour les femmes, organisée à Pékin en 1995. En 2010 l’ASEAN a créé une Commission pour les femmes et les enfants (ACWC), dont la Birmanie, qui présidera l’ASEAN en 2014, se veut un membre actif.

Un statut globalement différencié

De nécessaires progrès sur la scène politique
Les Birmanes ont fait leurs les combats pour la démocratie, à l’instar de la principale figure de l’opposition et d’un nombre significatif de femmes jadis associées aux manifestations étudiantes, dont beaucoup furent emprisonnées. Nombreuses sont aujourd’hui les femmes impliquées dans les mouvements militants comme Génération 88 ou Génération Wave.
Comparée à la plupart de ses voisins asiatiques, la Birmanie accuse un retard significatif dans le domaine de l’accès des femmes aux fonctions politiques. La première femme ministre au sein du gouvernement de l’Union a été nommée en 2012. Il s’agit de la Ministre de la protection sociale, des secours et de la réinstallation. Une seconde femme a accédé à la fonction ministérielle en 2014 est Dr Khin San Yee, ancienne vice-ministre du Plan, qui devient ministre de l’éducation. Le gouvernement compte également six femmes vice-ministres : ministère du travail ; ministère de la protection sociale ; ministère du plan ; ministère de la culture ; ministère de la santé ; ministère de l’environnement.
Il n’y a que 26 femmes députées à la Chambre basse comprenant 440 sièges (soit 6,03%) et parmi elles deux représentantes de l’armée. A la Chambre haute qui compte 224 sièges, elles sont 4 (1,79%). De ce fait, la Birmanie se place, au classement mondial, au 130ème rang sur 143 pays concernant la représentation parlementaire féminine. Il n’y a pas non plus de femmes parmi les sept juges de la Cour suprême.

Statut social : progrès du militantisme
Les femmes sont en revanche très présentes sur le terrain social. Les associations militantes ont fleuri dans le pays, à l’instar du Gender Equality Network qui réunit une centaine d’organisations membres, le Women Organizations Network of Myanmar regroupant une trentaine d’organisations humanitaires ou du Kayin Women Action Group. Les femmes sont également présentes dans les médias. La Women Writers Association rassemble un certain nombre d’écrivains et de journalistes dont certaines ont été nommées au Conseil de Presse birman.

Statut économique : une égalité éducative non reconnue sur le plan salarial
Les Birmanes ont un taux d’alphabétisation élevé et un niveau d’éducation équivalent à celui des hommes : 18% d’entre elles atteignent un niveau d’éducation secondaire ou supérieur, contre 17,6% pour les hommes. Dans ce domaine, la Birmanie est plutôt en avance par rapport à certains de ses proches voisins. Cependant, le système d’admission universitaire continue d’imposer un traitement différencié basé sur le genre. En effet, l’accès à certaines formations particulièrement demandées (études médicales, technologiques, d’ingénierie) exige de la part des postulantes un niveau de notes plus élevé que celui requis pour les candidats masculins.

Sur le marché du travail, les femmes sont également très actives. Selon les indicateurs internationaux de développement humain du PNUD, la Birmanie enregistre un ratio d’activité féminine de 0,914 par rapport aux hommes, soit un indice supérieur à celui enregistré par la France (0,826).

La Birmanie compte un nombre significatif de femmes chefs d’entreprises. Leurs salaires restent toutefois inférieurs à ceux des hommes. L’association Myanmar Women Entrepreneurs regroupe des femmes entrepreneurs.

Au sein de l’armée, la présence des femmes fait timidement son apparition. Occasionnellement recrutées dans les années 50, elles ont disparu des rangs de l’armée entre 1962 et 2011. A nouveau les bienvenues, les femmes ont depuis octobre 2013 le droit de postuler auprès de l’académie militaire une fois leur diplôme universitaire en poche. Les critères de sélection leur imposent d’être célibataire, âgées entre 25 et 30 ans, mesurant au moins 1m 60 et ne pesant pas plus de 59 kilos. La première promotion de femmes officiers (92 au total) a été diplômée en août 2014 : 5 affectées dans la marine, 3 dans l’armée de l’air et le reste dans des unités sous l’autorité du chef des armées.

Une situation inégalitaire sur le terrain

Persistance des inégalités de genre
Si les femmes ont un bon niveau d’éducation, elles sont encore inégalement reconnues dans la société. Outre les différences salariales, leur situation sanitaire reste encore précaire du fait de la difficulté d’accès aux soins. Le taux de mortalité maternelle est de 200 sur 100 000 naissances vivantes. Le virus du sida constitue également une menace sanitaire à laquelle les femmes birmanes sont particulièrement exposées. Le rapport d’activité d’ONUSIDA au Myanmar estime à 216 000 personnes la population vivant avec le VIH en 2011, dont 36% sont des femmes de 15 ans et plus.
L’indice d’inégalité des genres, mesure le déficit de progrès à partir de différents indicateurs de développement humain (santé reproductive, autonomisation et marché du travail) ; il varie entre 0 (situation d’égalité entre hommes et femmes) et 1 (cas dans lequel l’inégalité est la plus forte). Pour la Birmanie, l’indice est de 0,437 en 2012 ce qui la place au 149ème rang mondial (sur 186 pays).

Les femmes sont les premières victimes des violences dans les zones ethniques
Dans les zones de conflits, les femmes et les enfants restent les populations les plus vulnérables. Les ONG locales et internationales, ont régulièrement fait état de violations de leurs droits fondamentaux, notamment de violences sexuelles en liaison avec les affrontements récurrents dans ces régions, et de cas de trafic d’êtres humains.

publié le 31/10/2014

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