Les "santons birmans", Interview de jean Pichon

Présentes dans la plupart des boutiques fréquentées par les touristes, les figurines de Arts & Deco, véritables santons birmans, sont devenues un classique des souvenirs évocateurs de la Birmanie. Jean Pichon, expatrié de longue date à Rangoun, directeur de Art & Deco, nous fait le plaisir de répondre à l’interview de France Birmanie.

Racontez-nous la naissance de votre atelier. Quand avez-vous débuté la production de figurines ?

Depuis son origine, A&D est une société caritative destinée à aider les jeunes filles orphelines du Women’s Home rattaché au Ministère des affaires sociales.
Crée en 1995, A&D fabriquait à l’origine des accessoires de mode et des bijoux d’art pour quelques grandes marques françaises (Christian Lacroix, Yves Saint Laurent, Chanel). Mais en 1999, un embargo est décidé sur les produits birmans, ce qui a entrainé une urgente nécessité de se reconvertir afin de donner du travail à nos 230 employées et orphelines. La reconversion a signifié un changement de cap vers la fabrication de figures en métal. Nos orphelines et artistes ont donc appris un nouveau métier, aidé en cela par deux spécialistes venus pendant quelques mois transférer leur savoir-faire.

Quant à l’origine des figurines, il faut remonter au fameux « soldat de plomb », invention française qui date de la guerre de 1870. Après la défaite française contre les Allemands, l’Alsace et la Lorraine sont annexées et un sentiment de profonde humiliation est ressenti par l’ensemble de la population. La création de ces fameux « soldats de plomb » fait partie de l’esprit de revanche afin de raviver le patriotisme chez les enfants.

La tradition a duré assez longtemps jusqu’à ce que les ateliers de fabrication disparaissent du fait de la concurrence avec la matière plastique très bon marché. En France seules quelques petites entreprises (CBG Mignot et F.L Francis Lalanne) résistent en fabriquant ou en faisant fabriquer essentiellement au Maroc et à Madagascar des figurines dites d’Art en étain, le plomb étant cancérigène.

Quels types de figurines proposez-vous ?

Le traditionnel soldat de plomb a été remplacé par des personnages traditionnels de la vie birmane : moines, nonnes, personnages de la vie de tous les jours, petits métiers, minorités, etc...Soit plus de 400 personnages différents. Je compte un jour offrir au Musée national une collection complète en précisant que cela est le résultat d’une symbiose entre la tradition française du fameux « soldat de plomb » transmise et revue par mes artistes et orphelins birmans.

Combien de temps faut-il pour construire une figurine et quelles sont les étapes de la fabrication ?

Le processus est très long, il faut compter entre 5 et 8 heures. Les différentes étapes sont les suivantes :
-  Etape 1 : Dessiner le personnage, à savoir la face, le profil, le dos avec détails
-  Etape 2 : Sculpter le prototype sur un mastic spécial
-  Etape 3 : Créer le moule en insérant le prototype dans un moule en silicone souple, puis le mettre dans un four spécial pour durcissement
-  Etape 4 : Injecter le métal brûlant par machine à injection
-  Etape 6 : Affiner la figurine a la lime, ce qui est très long et minutieux
-  Etape 7 : Appliquer la couche sociale d’apprêt et une peinture silicone spéciale

Quelles différentes matières utilisez-vous ?

Les différentes matières sont un mélange d’étain (94%), de plomb (5%) et d’antimoine (1 %), d’où le prix élevé. Il ne s’agit plus d’un jouet mais bien d’un objet de collection très prisé des collectionneurs. Il existe une bourse et des salons internationaux.
Pour la petite histoire, en 2005 nous avions reçu et effectué une commande de 205 pièces représentant le débarquement d’Aboukir, connu des historiens d’après une peinture célèbre. Le commanditaire est resté anonyme. Cette œuvre a gagné le premier prix à Chicago mais il n’a jamais été fait mention que cela était l’œuvre des artistes d’A&D !

Où peut-on se procurer vos produits ?

Notre marque déposée est ’’The Lord Jim Collections" (D’après un célèbre roman de Conrad). Nos produits sont vendus dans 92 points de vente, dont tous les grands et bons hôtels du Myanmar. A la demande du ministère des Affaires sociales, nous envisageons de renouveler notre coopération qui s’est terminée officieusement il y a 5 ans mais qui n’a jamais été interrompue. J’aimerai qu’A&D s’inscrive dans la belle histoire de la Birmanie, ce pays si cher à mon cœur...

publié le 20/12/2013

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