Partis politiques birmans

Vingt-cinq ans après les élections générales de mai 1990 qui avaient marqué la victoire écrasante de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) menée par Aung San Suu Kyi mais dont le résultat n’avait pas été reconnu, l’enjeu décisif des élections générales du 8 novembre 2015 en Birmanie est de garantir des élections libres, inclusives et transparentes. Cet espoir est alimenté par le renouveau de la scène politique légale que semble connaître le pays depuis quelques années. Il se traduit tout d’abord par le nombre croissant de partis politiques depuis 2010. Alors qu’en 1990, 93 partis politiques étaient enregistrés et 27 d’entre eux avaient remporté au moins un siège, aux élections de 2010, seuls 37 partis s’étaient déclarés et avaient participé au scrutin. Les élections de 2015 marquent un regain puisque 89 partis ont été enregistrés jusqu’à présent et 3 partis attendent encore une approbation de la Commission électorale pour leur enregistrement. Parmi ces 89 partis, environ 60 partis vont se présenter au niveau national et les 29 restants se présenteront uniquement dans des états ou régions. La majorité de ces partis est constituée de partis ethniques.

Depuis le 5 janvier 2012, la LND, qui demeure le principal parti d’opposition mais qui avait choisi de boycotter les élections de 2010, s’est officiellement réenregistrée. Elle a ensuite concouru aux élections législatives partielles du 1er avril 2012, premières élections pluripartites libres depuis 1990. L’évolution du paysage partisan s’est également traduit par une recomposition des partis représentant les minorités ethniques, de plus en plus enclins soit à se fondre dans de nouvelles entités soit à tisser des alliances dans l’objectif d’avoir plus de poids et de sortir d’un système binaire USDP/LND lors des prochaines élections de 2015.

Face à ce foisonnement des forces politiques en présence, la liste ci-dessous n’est pas exhaustive. Elle propose toutefois une cartographie du complexe paysage politique actuel en Birmanie. Elle recense les principaux partis politiques enregistrés, (I) et les partis non-enregistrés ou en cours d’enregistrement (II), actuellement actifs. Elle présente également les principales alliances politiques conclues récemment entre partis ethniques (III), revient brièvement sur les résultats des élections de 2012 (IV) et évoque la préparation des élections de novembre 2015 (V).

I- Les Partis enregistrés

1. Partis nationaux

1-1. Partis nationaux pro-régime

JPEG Union Solidarity and Development Party (USDP)

Émanation directe de l’Union Solidarity and Development Association (USDA) – l’organisation de masse du régime qui a été dissoute en juillet 2010 et dont proviennent tous les actifs qui lui ont été cédés –, l’USDP (en français le Parti de l’Union, de la solidarité et du développement) est le parti officiel du gouvernement, à la fois le plus riche et le plus puissant. C’est un des seuls partis à avoir développé une organisation véritablement structurée. Pour en prendre la tête, le Premier ministre U Thein Sein a démissionné de ses fonctions militaires avec 22 autres membres du gouvernement en avril 2010. Nombre de ses fondateurs étant encore ministres, le parti a été accusé d’enfreindre la loi électorale ; en réalité, ce n’est qu’aux agents de l’État et non aux membres du gouvernement que celle-là proscrit l’inscription à un parti. En août 2010, un second renouvellement de la hiérarchie militaire a concerné plus de 50 hauts officiers. La plupart d’entre eux ont quitté l’uniforme afin de se présenter au suffrage sous les couleurs de l’USDP.

Aux élections du 7 novembre 2010, l’USDP a présenté plus de 1100 candidats, qui couvraient la quasi-totalité des 1154 sièges en jeu. Disposant d’un bureau dans chaque canton, ce fut la seule formation en lice dans certaines circonscriptions. Le parti a remporté une victoire écrasante en obtenant 76,5% des suffrages dans les Chambres haute (129 sièges) et basse (258 sièges) et dans les Parlements régionaux (496 sièges), soit un total de 883 sièges, dans des conditions de vote jugées globalement opaques et frauduleuses par la communauté internationale et sans véritable opposition constituée (la Ligue Nationale pour la Démocratie d’Aung San Suu Kyi ayant décidé de boycotter ces élections).

S’en est suivie l’officialisation le 30 mars 2011 d’un nouveau gouvernement qui ne comprend, à l’exception des trois postes tenus par des militaires, que des membres de l’USDP. U Thein Sein est alors devenu le Président de la République de l’Union de Birmanie.

Lors des élections législatives partielles du 1er avril 2012, l’USDP, jusque-là parti majoritaire, a essuyé une sévère défaite : il n’a remporté qu’un siège, dans l’unique circonscription où la LND, de nouveau en lice, ne présentait pas de candidat. À la suite de cet échec, le parti a organisé un congrès pour la première fois de son histoire. Il s’est tenu du 14 au 16 octobre 2012. Ce congrès était destiné à renouveler les instances dirigeantes et à préparer les futures échéances politiques afin d’éviter une nouvelle déroute aux élections de 2015 face à une opposition dynamique et suivie. Le chef de l’État, U Thein Sein, personnalité très populaire de l’ancien régime, a ainsi été réélu à la tête du parti, bien qu’il reste dégagé de sa gestion quotidienne. Le Président de la Chambre basse du Parlement, Thura U Shwe Mann, ancien lieutenant-général, a été quant à lui désigné vice-président et « président par intérim ». Le Comité exécutif central du parti est depuis lors composé de 44 membres, dont U Thein Sein et 10 ministres.

En mai 2013, critiqué sur le fait qu’un chef de l’État qui préside un parti enfreint la Constitution, U Thein Sein a cédé sa fonction de président de l’USDP à Thura U Shwe Mann. Ce dernier, qui s’est immédiatement positionné en faveur du fédéralisme et a rappelé la détermination du parti à soutenir le processus de paix, souhaite que l’USDP devienne « le parti du peuple » et participe à la consolidation d’un système démocratique. Dans cette perspective, le parti a annoncé en décembre 2013 qu’il soumettrait au Parlement des propositions d’amendement concernant 73 dispositions de la Constitution de 2008. En vue des élections de 2015, le Parti a défendu l’adoption d’un système de représentation proportionnelle. Si cette proposition a été dans un premier temps approuvée à la Chambre haute du Parlement en juin 2014, elle a été contestée avec vigueur par l’opposition et c’est finalement le système first-past-the-post qui a été retenu.

Par ailleurs, Thura U Shwe Mann ne cache pas son intention de se présenter comme le candidat de l’USDP aux élections générales de 2015. Il a fait l’objet de controverses au début de l’année 2015 en annonçant qu’il était ouvert à l’idée de former une alliance avec Aung San Suu Kyi. Néanmoins, à la suite d’une réunion du comité exécutif central qui s’est étendu sur trois jours (du 28 au 30 mai 2015), il a été reconduit dans ses fonctions de président du parti et a été désigné à la tête d’un comité de campagne pour les élections. En juillet 2015, plusieurs rumeurs ont circulé dans la presse affirmant que Thein Sein ne se présenterait pour un second mandat. Cependant, ces rumeurs ont rapidement été démenties par des membres de son cabinet et le Président Thein Sein, lui-même, lors d’une visite au Japon a déclaré qu’il n’excluait pas de se présenter à nouveau. A côté de Thein Sein et Shwe Mann, une troisième voie au sein du parti, plus libérale, émerge et se constitue autour de Khin Aung Myint, ancien soldat, universitaire et écrivain. Ce dernier a fait récemment de nombreuses déclarations publiques et s’est rendu dans plusieurs pays étrangers.

Un membre du comité exécutif central a déclaré que le parti avait déjà présélectionné 1112 candidats. La plupart des membres du parti qui occupait un siège au Parlement ou un poste au gouvernement vont se présenter à nouveau. Ceux qui souhaiteront finalement se retirer seront remplacés par de nouveaux candidats sélectionnés par le parti qui a souhaité donner la priorité à l’inclusion des femmes, des minorités et des membres les plus éduqués du parti. Les candidats devraient être annoncés à partir du milieu du mois de juin.

JPEG National Unity Party (NUP)

Second parti après l’USDP en termes de financement et de candidats, le NUP est l’héritier du défunt Burma Socialist Program Party (BSPP) d’U Ne Win, le grand perdant des élections de 1990 arrivé 4ème avec 10 sièges pour 482 candidats. Le NUP a de fait été conçu comme la vitrine politique et idéologique de la vieille garde militaire loyaliste de l’ancien leader birman et de la BSPP.

En 2010, dans un grand nombre de circonscriptions, les seuls candidats en lice furent ceux du NUP et de l’USDP. Les rapports entre ces deux partis sont ambigus, le gouvernement tenant le BSPP pour responsable de la faillite du pays en 1988. À l’inverse, misant sur l’impopularité de l’USDP auprès de nombreux électeurs, le NUP a régulièrement cherché, durant la campagne électorale, à s’en distinguer. Ses membres ne font pas moins partie de l’establishment politique d’un régime qu’ils ne souhaitent pas remettre en cause.

À la suite des élections de 2010, le NUP, qui présentait 999 candidats (contre 1100 pour l’USDP), est devenu la deuxième force politique du pays avec l’obtention de 64 sièges dont 12 sièges à la Chambre basse et 5 à la Chambre haute. En revanche, aux élections de 2012, il n’a remporté aucun siège.

Pour les élections de novembre 2015, le NUP se prépare à concourir dans 142 townships en rassemblant 400 à 500 candidats au niveau national et des candidats dans les Parlements régionaux.

1-2. Partis nationaux d’opposition

JPEG National League for Democracy (NLD)

La NLD (en français, Ligue Nationale pour la Démocratie - LND) a été fondée le 27 septembre 1988 par Daw Aung San Suu Kyi et deux anciens généraux, U Aung Gyi et U Tin Oo, dans le sillage du soulèvement civil de la même année. Il s’agit certainement du parti de l’opposition birmane le plus connu dans le monde pour sa lutte pro-démocratique.

La LND a remporté une victoire écrasante aux élections législatives du 27 mai 1990 en obtenant 392 des 492 sièges. Cette victoire soulignait la popularité du parti, qui n’a jamais cessé. La junte n’a cependant pas autorisé la LND à former un gouvernement. Si une poignée de membres du Comité exécutif central du parti ont pu quitter le pays, la plupart d’entre eux ont été incarcérés ou assignés à résidence pendant plusieurs années. Ainsi, ASSK, la secrétaire générale de la LND, a passé près de 15 années depuis les événements de 1988 détenue en prison ou assignée à résidence. Elle a été libérée le 13 novembre 2010, soit une semaine après les élections.

Son parti, qui avait déjà boycotté la Convention nationale, rejette la Constitution adoptée en 2008. La demande d’une révision constitutionnelle est l’un des fers de lance de son projet politique. C’est à ce titre qu’il a refusé de participer aux élections de novembre 2010 et de s’enregistrer selon les modalités décidées par la junte. Cette dernière a réagi à ce boycott en interdisant la LND, devenue dès lors un parti illégal. La LND a fait à plusieurs reprises appel de cette décision, qui a par ailleurs provoqué une scission au sein de la Ligue. En a résulté la création en mai 2010 d’un parti dissident, la NDF (National Democratic Force), par 4 anciens membres éminents de la LND tels qu’U Than Nyein et U Khin Maung Swe, désireux de participer aux élections et de garder une visibilité politique.

Face au processus de réformes et de libéralisation initié par le Président U Thein Sein depuis son investiture en mars 2011, et encouragée par l’amendement du code électoral qui interdisait jusque-là la participation aux élections d’anciens prisonniers politiques, la LND, réenregistrée légalement le 5 janvier 2012, a pris la décision de réintégrer la scène politique légale et de participer aux élections législatives partielles du 1er avril 2012. Elle a alors réorganisé et restreint son Comité exécutif central, et créé parallèlement un comité honorifique composé des cadres historiques les plus âgés, les « Oncles ». En vue de ces élections, ASSK, désormais Présidente du parti et non plus secrétaire générale, a officiellement confirmé sa candidature dans la circonscription rurale de Kawhmu, dans la périphérie de Rangoun. Sur les 45 sièges alors en jeu, le parti en briguait 44. Les candidats qu’il a présentés dans ces circonscriptions réunissaient un certain nombre d’anciens prisonniers politiques libérés le 13 janvier 2012, des militants de longue date et des nouveaux venus. 43 d’entre eux ont remporté le scrutin, parmi lesquels, à une large majorité, ASSK, qui a ainsi obtenu son premier mandat officiel, celui de députée. Ce succès électoral a permis à la LND de devenir le premier parti d’opposition parlementaire.

Lors du premier congrès de la LND organisé du 8 au 10 mars 2013 pour désigner les nouveaux dirigeants du parti dans la perspective des élections de 2015, ASSK a été reconduite à l’unanimité comme Présidente. Une nouvelle instance, le Comité Central, composé de 120 membres, a été mise sur pied. De façon générale, l’équipe a peu été renouvelée, restant essentiellement masculine et âgée : le Comité exécutif central, élargi à 15 membres, dont seulement 4 femmes, ne compte que 4 nouveaux membres.

Un an plus tard, le 3 avril 2014, toujours en vue des prochaines échéances électorales, la LND a annoncé une réorganisation de ses instances, qui permettrait de développer des relations plus étroites entres les membres du Comité exécutif et les parlementaires. Cette réorganisation est passée par la mise en place de 4 commissions, de 8 départements, d’1 corps administratif et d’1 comité de surveillance indépendant. Les 4 commissions sont coordonnées par thème : les Affaires parlementaires, présidée par le Dr. Aung Moe Nyo ; les Affaires ethniques, présidée par U Nan Khin Htwe Myint ; les Affaires étrangères, présidée par le Dr. Myo Aung ; les Affaires sociales et juridiques, présidée par U Tin Oo.

La LND a placé la révision de la Constitution au rang de ses priorités en vue des élections de novembre. Elle a réitéré son rejet de la Constitution de 2008 en lançant du 27 mai au 19 juillet 2014, avec le soutien de plusieurs organisations civiques et partis ethniques, une campagne de signatures nationale en faveur d’une révision constitutionnelle. La campagne visait la section 436, qui requiert l’aval de 75% des parlementaires pour valider un amendement constitutionnel alors même que l’article 109 (a) garantit 25% des sièges du Parlement aux militaires. Cette révision constitutionnelle permettrait par la suite d’amender l’article 59(F) : cet article controversé pose comme inéligible aux élections présidentielles toute personne qui a des liens familiaux avec des étrangers, ce qui ne permet pas à ce stade à ASSK (dont les deux fils ont la nationalité britannique), de concourir aux élections. Le parti espérait recueillir plus de 16 millions de signatures. Le 6 août 2014, le parti a annoncé que la pétition en avait réuni près de 5 millions et a appelé le Parlement à prendre le résultat en considération. Lors du dialogue à 6 du 10 avril 2015, qui a réuni le Président Thein Sein, ASSK, le commandant en chef de l’armée, les deux porte-paroles des Chambres du Parlement et le Président du Parti du Rakhine National Party en sa qualité de représentant des parties ethniques, le sujet de la révision de la Constitution a été abordé. Le 10 juin 2015, un projet d’amendement de la Constitution a été soumis au Parlement qui concerne 33 des 457 articles de la Constitution. Les amendements proposés ne prévoient toujours pas de lever l’inéligibilité d’Aung San Suu Kyi puisque les modifications qui pourraient être apportées à l’article 59F seraient très minimes. Cependant, le 26 juin, à l’issue de trois jours de débat, le Parlement a rejeté le projet d’amendement. La Présidente de la LND a réagi à ce refus d’amendement en déclarant que ce dernier était sans surprise et qu’il n’empêcherait pas la LND de constituer un gouvernement si son parti remportait une large victoire aux élections.

Alors qu’elle a fêté ses 70 ans le 19 mai 2015, Aung San Suu Kyi a appelé à cette occasion à une victoire massive de son parti aux élections de novembre et a déclaré que la décision de la LND de prendre part aux élections serait prise et annoncée officiellement dès que l’UEC aura fixé le jour du scrutin. Et en effet, trois jours après l’annonce de la date par l’UEC, Aung San Suu Kyi a annoncé le 11 juillet que son parti allait présenter des candidats.

Le 19 juillet, Ko Ko Gyi, le leader de Génération 88 a déclaré qu’il allait être candidat lors des élections sous la bannière de la LND, de même que plusieurs autres membres du groupe.

JPEG National Democratic Force (NDF)

La création de la NDF le 7 mai 2010 par 4 membres du Comité exécutif central de la LND – U Khin Maung Swe, Dr Than Nyein, U Thein Nyunt et U Sein Hla Oo – avait rapidement créé la polémique. « Nous respectons la décision d’Aung San Suu Kyi de boycotter le scrutin mais souhaitons poursuivre son combat dans un cadre légal » avait déclaré U Khin Maung Swe, qui s’était aussitôt vu accusé de trahison par plusieurs piliers de la LND, dont U Nyan Win, U Win Tin et U Tin Oo. Malgré tout, le lien de cette faction dissidente avec la LND demeure avéré : en mai 2013, la NDF a appelé à un amendement de l’article 59(F), ce qui est une manière d’affirmer son soutien à Daw Aung San Suu Kyi pour les élections de 2015.

Le président du parti, U Khin Maung Swe, a passé 16 années en prison depuis 1990 avant d’être libéré en 2008, à l’instar d’U Than Nyein (décédé en mai 2014) qui a lui été incarcéré pendant 11 ans.

En dépit de la scission de la NDF avec la LND, U Khin Maung Swe misait pour les élections de 2010 sur l’immense popularité du parti d’ASSK : les résultats de la NDF, alors le plus important parti d’opposition par le nombre de candidats, n’ont pas pour autant été ceux escomptés. Le parti n’a remporté que 16 sièges : 8 sur 102 circonscriptions où il se présentait pour la Chambre basse, 4 sur 34 pour la Chambre haute et 4 sur 34 pour les Parlements régionaux.

La NDF, d’orientation libérale, s’est depuis scindée à son tour, avec la création à la suite des élections de 2010 du New National Democracy Party par 5 parlementaires tout juste élus au nom de la NDF, dont l’un de ses fondateurs, U Thein Nyunt. Une même vague de démissions s’est reproduite en 2012 dans la foulée des élections législatives partielles du 1er avril 2012, puisque deux parlementaires du parti, U Than Win et U Khin Maung Win, ont alors rejoint la LND. En 2014, autour de 10 000 personnes étaient enregistrées à la NDF, en lice pour les élections de 2015.

La NDF, contrairement à la LND et aux côtés de l’USDP, soutenait depuis juin 2014 le projet d’adoption d’un système de représentation proportionnelle pour les élections de 2015.

Selon U Khin Maung Swe, le parti se présentera dans 11 états et divisions (sauf dans l’état Kayah, l’Arakan et l’état Chin) et se prépare à présenter 400 candidats aux niveaux régional et national pour les élections de novembre 2015. Cent quarante candidats auraient déjà été sélectionnés pour occuper des sièges au Parlement. La liste de candidats inclurait 20% de femmes et a été finalisée lors de la conférence du parti à Rangoun en mai 2015.

JPEG Democratic Party (DP)

Ancien diplomate très actif dans la vie politique birmane et prisonnier politique sous la junte, son président, U Thu Wai, a fondé le Democratic Party en 1990. Le parti remporta 1 siège aux élections législatives de mai 1990 avant d’être interdit. Il fut officiellement enregistré en mai 2010. Daw Cho Cho Kyaw Nyein, Daw Nay Ye Ba Swe et Daw Than Than Nu, les secrétaires du parti, sont les filles respectives des ex-Premiers ministres U Kyaw Nein, U Ba Swe et U Nu. La réconciliation nationale et la reconnaissance des 135 différents groupes ethniques du pays constituent les deux grands axes programmatiques du DP.

À la veille des élections de novembre 2010, U Thu Wai a prévenu qu’« en privant les partis démocratiques des voix nécessaires à leur victoire, ceux qui boycotteront le scrutin feront malgré eux le jeu du régime ». S’étant plaint de tentatives d’intimidation de la police birmane à l’égard des membres de son parti afin de les contraindre à démissionner, il a par ailleurs dénoncé la censure dont le message radiotélévisé de son parti a fait l’objet pendant la campagne.

Le DP était alors après la National Democratic Force le second parti de l’opposition nationale en nombre de candidats, 50, répartis comme suit : 23 à la Chambre basse, 10 à la Chambre haute et 17 dans les Parlements régionaux. Le DP n’a cependant remporté que 3 sièges, confinés aux Parlements régionaux (de Rangoun et de Mandalay). En 2012, il n’en remporta aucun.

En juin 2015, Thu Wai, interrogé par The Irrawaddy, a annoncé qu’il n’avait pas encore entamé de réelles préparations pour les élections de 2015 et qu’à ce stade son parti avait récolté suffisamment de fonds pour présenter 50 ou 60 candidats et continuait à rechercher des fonds. Il a déclaré qu’il se présenterait et que ce serait aussi le cas de la secrétaire du parti, Daw Than Than Nu (fille de l’ancien Premier ministre U Nu).

2. Partis ethniques

2-1. Partis ethniques pro-régime

A- Kachin :

JPEG Unity and Democracy Party of Kachin State (UDPKS)

Apparu tardivement, à l’été 2010, pour concourir aux élections de novembre, l’UDPKS a été formé par la junte pour combler le vide qu’elle a créé dans l’État Kachin en refusant d’y enregistrer 3 autres partis censés représenter les habitants de cette région mais réputés proches de la Kachin Independence Organization (KIO), laquelle refuse de transformer sa branche armée, la Kachin Independence Army (KIA) en corps de gardes-frontières sous commandement birman. Le parti, qui a toujours dénié avoir été financé à sa création par la junte militaire, est présidé par U Khet Htein Nan, propriétaire d’une grande industrie minière.

En 2010, l’UDPKS a présenté 9 candidats et remporté 2 sièges à la Chambre basse, 1 à la Chambre haute et 2 dans le Parlement de l’État Kachin.

En 2014, l’UDPKS est l’un des rares partis ethniques à soutenir au Parlement la proposition de l’USDP d’introduire un système de représentation proportionnelle.

B- Shan :

GIF Pa-O National Organization (PNO)

Ce parti créé en décembre 2009 et enregistré en mai 2010 émane de l’un des 10 anciens partis qui existaient encore avant le 7 mai 2010 : l’Union Pa-O National Organization (3 sièges au scrutin de 1990), laquelle a préféré ne pas se réenregistrer comme telle mais se transformer en un nouveau parti incluant officiellement la PNO, une organisation ethnique dirigée par U Aung Kham Hti, un ancien proche de l’ex-Premier ministre U Khin Nyunt (2003-2004). La PNO, basée dans le sud de l’État Shan, signa un cessez-le-feu avec le gouvernement en avril 1991.

U Aung Kham Hti contrôle depuis la Special Region 6, où il a le monopole sur plusieurs secteurs, dont celui des pierres précieuses. Ayant participé à l’élaboration de la Constitution, qui entérine le régime d’autoadministration de la Special Region 6, la PNO entend défendre cette même Constitution et a déclaré que les élections de 2010 étaient un succès pour le pays. Tous les candidats du PNO ont remporté les élections dans leur circonscription, soit l’équivalent de 10 sièges, dont 4 au niveau national (3 à la Chambre basse et 1 à la Chambre haute).

La PNO est l’un des membres de l’Équipe de coordination pour un cessez-le-feu national (Nationwide Ceasefire Coordination Team - NCCT), une alliance de 16 groupes ethniques établie en novembre 2013 dans le cadre des pourparlers de paix.

GIF Taaung (Palaung) National Party (TPNP)

U Aik Mone est l’ancien chef de la Palaung State Liberation Army (PSLA), qui a signé un cessez-le-feu en 2005 au terme duquel lui a été octroyée la Shan State (North) Special Region 7. La Constitution prévoit l’autoadministration par les Palaungs des townships de Namhsan et Mantong.

À la suite des élections de 2010, le parti détenait 1 siège dans chaque Chambre et 4 dans le Parlement de l’État Shan ; aux élections de 2012, il ne remporta aucun siège.

GIF Wa Democratic Party (WDP)

Fondé par d’anciens membres du BSPP, passés successivement au NUP puis à l’USDA, ce parti est dirigé par U Khun Tun Lu, l’un des 10 élus du NUP en 1990, dans le canton de Ho Pang. Le WDP fut enregistré en juin 2010 et fut l’un des deux partis avec le Wa National Unity Party (WNUP), le parti Wa d’opposition, à concourir dans la région Wa, au nord de l’État Shan, pour les élections de 2010.

Alors que le WNUP n’a remporté aucun siège aux élections de 2010, le WDP en a obtenu 1 à la Chambre haute, 2 à la Chambre basse et 3 dans le Parlement de l’État Shan. En revanche, il n’en remporta aucun en 2012.

2-2. Partis ethniques d’opposition et/ou indépendants

A- Arakan :

JPEG Rakhine National Party (RNP)

Le RNP est le résultat en janvier 2014 de la fusion, par l’accord du 17 juin 2013, des deux plus gros partis de l’Arakan, l’Arakan League for Democracy (ALD) et le Rakhine Nationalities Development Party (RNDP), chacun disposant respectivement de 15 membres au sein du Comité exécutif central du RNP. Le président en est l’ex-président de l’ALD, U Aye Thar Aung, tandis que le vice-président est l’ex-président du RNDP, U Aye Maung.

À la suite de la création de la nouvelle formation, le RNDP et l’ALD ont officiellement été dissous le 6 mars 2014, jour où la Commission Électorale de l’Union entérinait l’enregistrement du nouveau parti arakanais. Cette fusion a pour objectif déclaré d’avoir une plus grande influence régionale et nationale, dans le souci du développement économique de l’État arakanais et de la préservation de sa culture.

Pour les élections de novembre 2015, 63 candidats devraient représenter le RNP : 17 sièges pour la Chambre basse afin de représenter les 17 circonscriptions de l’Arakan, 12 sièges pour la Chambre haute et 34 sièges dans les Parlements régionaux. Le parti espère remporter la majorité au Parlement de l’Arakan et éventuellement au Parlement régional si la Constitution est amendée en ce sens. Si la liste des candidats devrait être arrêtée en juillet, le RNP fait face à certains conflits internes qui menacent l’unité du parti après que le leader du parti U Aye Maung ait tenté de s’approprier une place de candidat dans la circonscription de Munaung. Cette tentative d’échapper aux sélections s’est heurté à l’opposition de certains membres du parti et habitants de la circonscription. U Aye Maung essuie également certaines critiques eu égard à son rapprochement présumé avec Thura U Shwe Mann de l’USDP. Pour négocier une sortie de crise, Aye Maung a convoqué une réunion du comité exécutif central du parti qui devrait avoir lieu début juillet. Le RNP a aussi décidé de relancer la coopération avec la NBF et l’UNA. Cependant, l’émergence récente d’un nouveau parti de l’Arakan, l’Arakan Patriotic Party (APP) qui a fait une demande d’enregistrement auprès de l’UEC le 18 juin, remet en question le statut d’unique parti ethnique représentant l’Arakan que possédait jusqu’à présent le RNP. Selon certains membres de la communauté politique de l’Arakan dont les propos ont été recueillis par le Myanmar Times, l’APP serait formé d’anciens membres du comité exécutif de l’ALD.

B- Chin :

A l’occasion d’une rencontre à Rangoun les 20 et 21 mars 2015, 9 des 10 partis de l’Etat Chin ont accepté de renforcer leur coopération pour les élections législatives de 2015 afin de remporter plus de sièges. Cependant, les participants ont admis qu’il semblait difficile de mettre en place une stratégie commune en raison du nombre très important de partis dans l’Etat Chin.

PNG Chin National Democratic Party (CNDP)

Jusqu’à l’autorisation de changer de nom donnée par la Commission Électorale de l’Union le 5 février 2014, le Chin National Democratic Party se nommait Chin National Party (CNP). Le CNP avait initialement déposé le nom de Chin National Progressive Party, mais cette dénomination avait été refusée par la Commission Électorale le 30 novembre 2013.

Résultat en avril 2010 d’une fusion entre deux partis Chin, le CNDP est présidé par U Pu Zo Zam. Diplômé du Yangon Institute of Economics, ce dernier a passé deux ans en RFA (1981-1982), en tant que boursier. Enseignant en Birmanie, il a démissionné en 1988 et s’est illustré dans la bande dessinée satirique sous le nom de Zam Kyin Paw. Il a également travaillé pour l’ONG Population Service International (PSI). Il semble bien implanté dans l’État Chin, qu’il dit vouloir développer en tirant parti de la proximité avec l’Inde.

L’ancien CNP a présenté 23 candidats aux élections de 2010 et obtenu 9 sièges : 2 à la Chambre haute, 2 à la Chambre basse, et 5 dans le Parlement de l’État Chin.
Le 6 octobre 2012, le parti a conclu un accord d’alliance avec l’autre principal parti chin, le Chin Progressive Party (CPP).

JPEG Chin League of Democracy (CLD)
Ce parti destiné à représenter le peuple chin lors des élections de 2015 mérite d’être noté car sa formation est toute récente et a été annoncée le 17 juillet 2014. Son président est l’un des fondateurs du défunt Chin National Democratic Party, U Salai Ngai San. Des consultations publiques se sont déroulées dans l’État Chin au mois d’août 2014.

La CLD a été officiellement enregistrée pour les élections de 2015 par l’UEC. Elle ne serait pas le seul parti national chin à participer à ces élections, car 6 autres sont déjà en lice : le Chin National Democratic Party (CND) ; le Chin Progressive Party (CPP) ; l’Ethnic Development Party (EDP) ; l’Ashu Chin National Party ; le Zomi Congress for Democracy party ; le Khumi National Party.

JPEG Chin Progressive Party (CPP)

Le CPP, qui représente le peuple Chin, a été créé au moment des élections de 2010. Il avait alors remporté 12 sièges. Le Président du parti, U No Than Ka, est aussi ministre des affaires ethniques de l’état Chin au sein du gouvernement de Sagaing. Le parti se prévaut d’une approche constructive et se dit prêt à négocier avec l’ensemble des interlocuteurs pour l’établissement d’une union fédérale. Le parti souhaite promouvoir le développement économique, la paix, la santé et l’éducation dans l’état Chin et également la préservation leurs ressources naturelles et leur patrimoine culturel. Pour les élections de 2015, les principaux concurrents du CPP seront sans doute la LND qui n’est pas encore représentée au sein du parlement de l’état Chin et le CNDP, qui détient actuellement 5 sièges. La liste des candidats n’a pas encore été arrêtée pour le moment. Cheery Zahau, éducatrice et défenseuse des droits de l’homme, a annoncé qu’elle souhaitait se présenter.

JPEG Zomi Congress for Democracy

Les Zo (Zomi signifie « peuple Zo ») constituent une ethnie vivant entre l’État Chin, le Bangladesh et le Mizoram en Inde.

Le Zomi National Congress fut fondé en 1988 et aboli par la junte en 1992. Il avait remporté deux sièges lors des élections de 1990. Son président, U Chin Sian Thang, est un activiste depuis ses études. Il a été emprisonné à six reprises entre 1972 et 1999. Il est le co-auteur d’un article paru le 26 octobre 2006 dans le Washington Post intitulé « In Burma, a cry for UN help ». Le ZNC fait partie de l’United Nationalities Alliance (UNA), également appelée United Nationalities League for Democracy (UNLD), fondée en 2002 par 25 partis ethniques ayant participé aux élections de 1990 et remporté un total de 67 sièges.

Le ZNC s’était fait entendre en lançant le 24 octobre 2010 un appel pour l’organisation d’une conférence de Panglong du XXIe siècle.

Sans participer aux élections partielles du 1e avril 2012, le ZNC a annoncé son intention de se réenregistrer officiellement en tant que parti politique. Cependant, le 23 mai 2012, la Commission Électorale de l’Union a dans un premier temps refusé l’enregistrement du Zomi National Congress, sous prétexte que ce nom comportait une référence à l’ethnie Zomi, ethnie non officiellement reconnue par le gouvernement comme faisant partie des « ethnies nationales ».

Le 5 juillet de la même année, la Commission électorale a autorisé la formation d’un nouveau parti Zo, le Zomi Congress for Democracy Party, l’organisation ayant été jugée conforme à la loi.

En vue des élections de 2015, le Zomi Congress for Democracy est le seul parti de l’Etat Chin à ne pas avoir participé à la rencontre qui a eu lieu à Rangoun en mars 2015.

C- Kachin :

JPEG Kachin State Democracy Party (KSDP)

Anciennement appelé Kachin State Progressive Party, ce parti a été créé en mars 2009 et est présidé par le Dr. Tu Jar, ancien vice-président de la Kachin Independence Organization (KIO). L’UEC, en raison du lien présumé du parti avec le groupe armé, dont Dr Tu Jar se défend, a refusé son enregistrement en 2010. En effet, ce rejet est souvent associé à la détérioration des relations entre le gouvernement et la KIO suite au refus de la KIO de se transformer en une force de surveillance des frontières. Dr Tu Ja avait alors tenté de s’enregistrer comme candidat indépendant mais avait essuyé un nouveau refus. Transformé en KSDP, le parti a finalement obtenu son enregistrement en octobre 2013.

D- Karen :

GIF Phalon-Sawaw Democratic Party (PSDP)

Il s’agit du parti le plus populaire de l’État Karen, aussi appelé Kayin. Tenant son nom de ceux de deux sous-ethnies karen, les Pwo et les Sgaw, le Phalon-Sawaw Democratic Party, enregistré en avril 2010, dispose d’un large réseau dans l’État Karen, où il a notamment reçu le soutien d’U Taunggalay Sayadaw, un célèbre moine de Hpa-an autrefois réputé proche des autorités mais dont on dit qu’il se serait rapproché des forces armées de la résistance karen.

Le parti a obtenu de bons résultats aux élections générales de 2010 : 2 sièges sur 5 candidats à la Chambre basse, 3 sièges sur 4 candidats à la Chambre haute et 4 sièges au Parlement sur 8 candidats, soit un total de 9 sièges. En 2012, il en a remporté 5.

Karen National Party (KNP)

Le 3 mai 2014, un peu à l’image de la Chin League of Democracy (CLD) pour l’État Chin, le Karen National Party (KNP) a annoncé sa création en vue de concourir aux prochaines élections générales de 2015, puis a déposé, le 4 juin, une demande d’enregistrement auprès de l’UEC.

Basé dans le delta de l’Irrawaddy – dont la moitié de la population appartient à l’ethnie karen –, et formé de 15 membres fondateurs, le KNP a pour objectif de « faire entendre les voix du peuple karen » et de promouvoir l’égalité ethnique en son sein.
Le KNP a été officiellement enregistrée par l’UEC en octobre 2014 et pourra présenter des candidats aux élections de novembre 2015.

E- Môn :

GIF All Mon Region Democracy Party (AMRDP)

L’’AMRDP est un parti fondé en avril 2010 par des politiciens connus dans l’État Môn, pour la plupart issus du New Mon State Party (NMSP - l’un des partis vainqueurs de 1990), en désaccord avec la décision de ce dernier de boycotter le scrutin de 2010. L’AMRDP affiche deux objectifs : la démocratisation du pays et l’amélioration des conditions de vie du peuple Môn et des autres ethnies vivant dans cet état. Ses membres insistent sur la mise en place d’un marché libre et le développement de l’industrie grâce à la venue de capitaux étrangers susceptibles de moderniser le pays.

Aux élections de 2010, 16 candidats sur les 34 de l’AMRDP ont obtenu un siège : 3 à la Chambre basse, 4 à la Chambre haute, 9 dans les Parlements régionaux, parmi lesquels 7 au Parlement de l’État Mon. Le parti n’a remporté aucun siège en 2012.

Plusieurs membres de l’AMRDP ont fait scission et se sont réunis avec le Mon Democracy Party (anciennement Mon National Democratic Front) pour créer un nouveau parti Môn, le Mon National Party (MNP). Le MNP a officiellement été enregistré par la Commission électorale de l’Union le 11 février 2014. En juin 2014, le Mon Democracy Party a débuté dans l’État Môn sa campagne en faveur d’un amendement de l’article 436, en soutien, comme d’autres partis ethniques, à la LND.

F- Shan :

PNG Shan Nationalities Democratic Party (SNDP)

Premier parti ethnique du pays en termes de candidats aux élections de 2010, enregistré en avril de la même année, le SNDP a présenté des candidats dans chaque circonscription de l’État Shan (à l’exception de ses zones autoadministrées), mais aussi dans certaines circonscriptions d’autres états et divisions comptant de nombreux Shans. Les Shans sont la deuxième ethnie de Birmanie après les Bamars. Le SNDP comptait en outre non seulement sur les suffrages des Shans mais aussi sur ceux d’autres ethnies vivant dans l’État Shan, notamment les Pa-O et les Palaungs.

Le président du SNDP, U Sai Ai Pao, fut de 1989 à 1996 secrétaire général de la Shan National League for Democracy (SNLD), parti allié de la LND arrivé second aux élections de 1990. À l’instar de la LND, la SNLD a décidé de boycotter les élections de 2010 et a renoncé à son enregistrement le 7 mai 2010. Ce n’était pas la position du SNDP, pour les fondateurs duquel une participation aux élections était nécessaire pour éviter un plébiscite du régime.

Il en a résulté que le SNDP, à la suite des élections de 2010 (comme à celles de 2012), était le premier parti ethnique représenté au Parlement, avec 3 sièges à la Chambre haute, 18 à la Chambre basse et 36 dans les Parlements régionaux soit un total de 57 sièges, ce qui en faisait le deuxième parti parlementaire. Depuis les élections du 1er avril 2012, il est devenu le troisième parti parlementaire birman, après l’USDP et la LND.

Afin d’avoir plus de poids face à la LND et à l’USDP lors des élections de 2015, les leaders du SNDP se sont dit ouverts, en décembre 2012, à une fusion avec le second plus gros parti shan, la Shan Nationalities League for Democracy (SNLD, parti non enregistré). Le SNDP et la SNLD se retrouvent autour d’une même exigence de fédéralisme, bien que la différence de modalités de leur proposition respective ait longtemps été un frein à leur coopération : la SNDP propose un système fédéral constitué de 14 États tandis que la SNLD en propose un constitué de 8 États. Les deux partis ont créé en octobre 2013 le Committee for Shan State Unity (CSSU), qui intègre également deux groupes armés shans et neuf organisations civiques shans afin de rechercher l’unité au sein de l’Etat Shan. Plusieurs personnalités locales comme le lieutenant-général Yawd Serk ont poussé à cette fusion en insistant sur le fait que sans unité entre le SNDP et la SNLD, les élections dans l’État Shan seraient remportées soit par la LND soit par l’USDP.

Néanmoins, le SNLD et le SNDP ont finalement pris la décision en octobre 2014 de ne pas fusionner. Le SNDP va ainsi se présenter seul aux élections de novembre 2015. Le Président du SNDP a déclaré que le parti allait se présenter dans 60 à 70 circonscriptions dans les Etats Shan, Kachin, Kayah et dans les régions de Mandalay et Sagaing. Le parti vise la victoire pour plus de 50% des sièges pour lesquels il va concourir et espère obtenir la majorité au Parlement de l’Etat Shan. Toujours selon lui, le parti aurait 400 000 supporters alors qu’il n’en avait que 1000 en 2010. Il a accusé le SNLD d’être en lien avec la rébellion armée.

PNG Shan Nationalities League for Democracy (SNLD)

Arrivé second aux élections de 1990, la SNLD est un proche allié de la LND. N’ayant pas souhaité, à l’instar du parti d’ASSK, participer aux élections de 2010, elle a vu la création d’un parti dissident, le SNDP. Son président, U Khun Htun Oo, 68 ans, a été condamné en 2005 à une peine d’emprisonnement de 93 ans à la prison de Putao, dans l’État Kachin, après avoir été arrêté en novembre 2005 avec 7 autres leaders de la SNLD, dont U Sae Thin (condamné à 106 ans de prison) pour avoir tenté de former un Conseil consultatif de l’État Shan. U Khun Htun Oo a été libéré le 13 janvier 2012.
La SNLD est l’un des cinq partis politiques ethniques membres de l’United Nationalities Alliance (UNA), laquelle a remis le prix non-officiel de héros national à U Khun Htun Oo le 30 mars 2011.

La SNLD, avant de fusionner en octobre 2013 avec le Shan Nationalities Democratic Party, a annoncé son intention de se réenregistrer officiellement en tant que parti politique, sans pour autant participer aux élections partielles du 1er avril 2012, faute de temps et de préparation.

Le porte-parole du parti Sai Leik a déclaré en juillet que la SNLD se préparait à présenter 150 candidats dans les Etats Karen et Shan et dans la région de Sagaing.

II- Les partis non-enregistrés : seulement des partis ethniques

1- Kachin

JPEG Kachin Independence Organisation (KIO)

Fondée en 1961, la KIO contrôle une grande partie de l’État Kachin en dehors des centres urbains. Elle lutte pour l’autodétermination des Kachins et est favorable à l’appel du Zomi National Congress (ZNC) pour une conférence de Panglong du XXIe siècle, sur le modèle des accords de Panglong de février 1947 signés entre U Aung San, alors chef intérimaire du gouvernement, et plusieurs partis ethniques afin d’organiser ensemble l’Indépendance de la Birmanie et de mettre sur pied une république unifiée. En janvier 2011, la KIO a signé un MoU avec la Kachin National Organisation (KNO), un parti en exil, afin de coopérer pour le bien du peuple kachin.

La KIO possède une branche armée, la Kachin Independence Army (KIA). Elle a signé un cessez-le-feu avec le gouvernement en 1994 bien que des escarmouches se soient produites jusqu’en 1997. Ce cessez-le-feu fut brisé après le refus de la KIO de se transformer en corps de gardes-frontières. Des combats ont de nouveau eu lieu le 7 février 2011, les premiers après presque 14 ans. Les 4 février et 12 mars 2013, le gouvernement et la KIO ont repris les négociations à Ruili, en Chine, pour la première fois depuis octobre 2012, ce qui a débouché sur un communiqué conjoint traduisant la volonté mutuelle d’apaiser les tensions militaires et de poursuivre le dialogue politique. Finalement, le 31 mai 2013, après plusieurs mois de négociations, la KIO et le gouvernement ont signé un cessez-le-feu provisoire articulé autour de sept points et préconisant à la fois l’arrêt des combats et l’instauration d’un dialogue politique durable. Cependant, depuis cette date, des accrochages subsistent entre la KIA et les forces armées birmanes.

À noter la décision de la KIO, prise en 2002, d’éradiquer la production d’opium, laquelle fait vivre de nombreux groupes armés.

3- Karen

JPEG Karen National Union (KNU)

Fondée en 1947 par Saw Ba U Gyi (tué par l’armée birmane en 1950), la KNU lutte depuis l’Indépendance de la Birmanie contre le gouvernement. Jusqu’en 1976, la KNU appelait à l’indépendance des Karens. Aujourd’hui, elle en appelle à la création d’une véritable Union fédérale, fondée sur les principes de la démocratie, de l’autodétermination et de l’égalité nationale. Lors d’un Congrès fin décembre 2010, la Karen National Union a maintenu sa ligne politique traditionnelle : « la reddition est exclue » ; « nous devons garder nos armes » ; « la reconnaissance d’un État Karen doit être complète » ; « nous devons décider de notre propre destin politique ». Les 1er et 2 juin 2014, le 10ème séminaire de l’Unité Nationale Karen qui rassemblait différents partis politiques, groupes armés et organisations de la société civile karen, a été l’occasion de réaffirmer ces revendications.

L’actuelle vice-présidente et ancienne secrétaire générale de la KNU est Daw Naw Zipporah Sein, figure du militantisme karen. Avant de prendre ses responsabilités dans le parti en 2008, elle était membre de la direction de la Karen Women’s Organization, une association qui aide les femmes karens réfugiées en Thaïlande.

Le 12 janvier 2012, la KNU a signé un cessez-le-feu avec le gouvernement d’U Thein Sein. Ce cessez-le-feu a permis de mettre fin à 63 ans de conflits. La KNU et les négociateurs gouvernementaux ont signé deux accords : l’un sur l’arrêt des hostilités entre les forces armées gouvernementales et la Karen National Liberation Army (Armée de libération nationale karen - KNLA) ; l’autre sur l’ouverture de pourparlers en vue d’un règlement politique du conflit.

Le 6 avril 2012, une délégation de la KNU a signé avec le gouvernement un accord de paix en 13 points visant à consolider le cessez-le-feu du 12 janvier (à travers la mise en place d’un processus de déminage ; le règlement équitable des litiges liés à la propriété foncière, etc.).

La KNLA est la branche militaire de la KNU. C’est elle qui en 1994, sous l’impulsion d’un groupe de bouddhistes se plaignant de discriminations de la part de la majorité chrétienne, a donné naissance à la Democratic Karen Buddhist Army (DKBA). À sa création, la DKBA avait signé un cessez-le-feu avec la junte, rompu en 2010. Le 3 avril 2012, deux jours après les élections partielles, c’est au tour de la DKBA de créer une aile politique, la Klohtoobaw Karen Organisation (KKO) afin de négocier, « si nécessaire », avec le Parlement.

3- Môn

JPEG New Mon State Party (NMSP)

Le NMSP, l’un des deux plus importants partis ethniques armés de Birmanie, a été fondé en juillet 1958 par U Nai Shwe Kyin (alias Nai Ba Lwin), par scission avec le Mon People’s Front, qui acceptait de déposer les armes en échange de la promesse par U Nu de créer un État mon autonome, promesse à laquelle le NMSP ne portait aucun crédit. Une bipartition entre branche politique et branche militaire s’est opérée avec la création de la Mon National Liberation Army en 1971. L’All Mon Region Democracy Party s’est créé à la suite de la décision du NMSP de ne pas participer aux élections de novembre 2010.

The New Light of Myanmar du 4 février 2011 a qualifié le NMSP de « groupe d’insurgés ». Une telle terminologie n’avait pas été employée depuis 1995. 1995 est l’année où le NMSP a signé un cessez-le-feu avec la junte. Le NMSP a cependant refusé de se transformer en corps de gardes-frontières en 2010. À l’occasion du Mon National Day, le 19 février, l’ancien vice-président du NMSP, U Nai Rot Sa (décédé en 2013), avait confirmé que le parti n’abandonnerait pas les armes ; parti dont l’autodétermination pour le peuple môn demeure la principale revendication.

Le 1er février 2012, le New Mon State Party a signé un cessez-le-feu avec le gouvernement. Cependant, quatre mois plus tard, le 19 juin, U Nai Rot Sa avait menacé de rompre cet accord si Naypyidaw n’engageait pas rapidement un processus de dialogue politique avec tous les groupes ethniques armés, précisant qu’aucune évolution n’avait eu lieu depuis le premier accord de cessez-le-feu, celui de 1995. Naypyidaw avait alors demandé au NMSP une démilitarisation de ses troupes et la création de bureaux de liaison.

Au premier semestre 2014, le NMSP comptait un millier d’hommes.

Women’s Party (Mon)

Ce parti a déposé son dossier à la Commission électorale pour la première fois en octobre 2014 sous le nom de « Women’s Party ». Cependant, l’UEC a rejeté la demande en déclarant que le nom du parti était trop général et pouvait donner l’impression que le parti avait vocation à représenter toutes les femmes alors même qu’il était implanté dans l’Etat Mon. En conséquence, ce parti a accepté de se renommer « Women’s Party – Mon ». Il a alors déposé une nouvelle demande le 16 juin. Bien qu’ encore en attente d’enregistrement, le parti a prévu de se présenter dans trois régions administratives. A la tête du parti se trouve Mi Than Shin. Elle a déclaré qu’elle souhaitait que son parti concourt dans des zones où sont présentes des populations Mon (Etat Mon, division Pegu et division Tenasserim).

4- Shan

The Red Shan and Northern Shan Ethnics Solidarity Party

Ce nouveau parti formé en mars 2015 représente cinq groupes ethniques Shan dans la division de Sagaing et dans l’Etat Kachin. Cependant, ce parti est toujours dans l’attente d’une décision d’acceptation de l’UEC pour son enregistrement.

III- Des phénomènes d’alliance entre partis ethniques

Depuis quelques années, en particulier depuis les élections législatives partielles de 2012, sur fond de problématiques particulières comme le processus de paix, s’observe une série de phénomènes d’alliance entre partis ethniques, indépendants ou pas de la création de nouvelles entités à part entière et censés leur permettre d’avoir plus de poids et d’influence dans la perspective des élections générales de 2015. Une grande revendication commune réunit ces alliances : l’établissement d’un système fédéral, considéré comme propre à offrir plus de pouvoir aux États à dominantes ethniques et à garantir la paix nationale. Deux grandes alliances se détachent :

1- Nationalities Brotherhood Federation (NBF) / Federal Union Party (FUP)

La Nationalities Brotherhood Federation, anciennement appelée Nationalities Brotherhood Forum, est une alliance de 21 partis politiques ethniques créée en janvier 2011, à la suite des élections générales de 2010.

À l’issue d’un congrès organisé à Taunggyi les 11 et 12 juin 2013, la NBF a annoncé la création d’un parti politique multiethnique, le Federal Union Party (FUP), destiné à concourir aux élections générales de 2015 pour représenter l’ensemble des minorités ethniques à l’échelle nationale, y compris dans les zones où ces minorités sont moins nombreuses, et s’imposer comme une force alternative aux deux principaux partis nationaux, l’USDP et la LND. Le FUP a été enregistré à la fin octobre 2013.

Le cadre idéologique et politique du tout jeune parti a été formalisé dans une déclaration de principes en six points, dont l’un portait notamment sur l’opposition du FUP à l’adoption d’un système de représentation proportionnelle ; opposition confirmée lors des débats parlementaires sur le sujet à l’été 2014. La déclaration de principes a été signée le 12 juin 2013 par les membres exécutifs du parti, issus de la NBF : le All Mon Region Democracy Party ; celui qui s’appelait encore le Chin National Party avant de devenir le Chin National Democratic Party ; le Kayan National Party ; le Phalon-Sawaw Democratic Party ; le défunt Rakhine Nationalities Development Party ; le Shan Nationalities Democratic Party. En tout, avec les membres observateurs, 16 formations politiques composent le FUP. Le FUP n’est pas une coalition car chacun de ses membres a démissionné de son parti d’origine pour servir et être reconnu comme membre du FUP. Un Comité exécutif central a été mis en place, et comprend une trentaine de membres représentant les 16 différents partis.

En août 2014, l’un des fondateurs du FUP et porte-parole de la NBF, U Saw Than Myint, a confirmé à la presse qu’aux élections générales de 2015, le FUP présenterait des candidats dans les seules circonscriptions où ne concourront pas d’autres partis ethniques, y compris dans les grandes villes comme Rangoun et Mandalay. La NBF a annoncé qu’elle avait l’intention de designer 200 candidats et qu’elle espérait devenir la troisième force politique du pays à côté d’USDP et de la LND. Elle a l’intention de se présenter dans les sept états et dans trois des sept régions (Magwey, Tanintharyi et Bago). Les membres se sont réunis le 27 mars 2015 pour s’entretenir sur leurs stratégies respectives et ont déclaré qu’ils allaient essayer d’éviter d’entrer en concurrence les uns avec les autres.

2- Federal Democratic Alliance (FDA)

Formée le 18 décembre 2013, la FDA n’est pas un parti : il s’agit d’une coalition de neuf partis qui continuent à avoir leur propre indépendance politique, essentiellement des partis ethniques (Chin Development Party, Kayin People’s Party, etc.) mais aussi deux partis nationaux de l’opposition, la National Democratic Force et le Democratic Party. En tant qu’alliance, la FDA a moins été formée en vue des élections générales de 2015 qu’avec l’objectif affiché de créer une unité au sein du Parlement, susceptible de peser.

Le 8 janvier 2014, la FDA, considérée comme « une troisième force » face à l’USDP et à la LND, a dévoilé ses priorités : la révision de la Constitution de 2008 et la tenue de négociations dans le cadre du processus de paix, destinées à promouvoir une nation qui soit moins dominée par la seule ethnie Bamar.

IV- Retour sur les élections du 1er avril 2012 : premières élections pluripartites libres depuis 1990

Les élections législatives partielles du 1er avril 2012 concernaient 45 circonscriptions (les élections ayant été repoussées à une date indéterminée dans les trois circonscriptions de l’État Kachin « pour raison de sécurité ») : 37 à la Chambre basse, 6 à la Chambre haute et 2 dans les Parlements régionaux. Les sièges concernés avaient été laissés vacants par des députés élus en novembre 2010 mais ayant rejoint l’exécutif. 17 partis ont participé à ces élections. L’USDP détenait la totalité des sièges remis en jeu lors des élections du 1er avril 2012, au cours desquelles il n’a remporté qu’1 siège (dans la seule circonscription où la LND n’avait pas de candidat). Le Shan National Democratic Party (SNDP). Le SNDP est un parti ethnique Shan qui avait remporté 57 sièges, dont 21 au niveau national dans les élections de 2010. Il était le second parti parlementaire avant les élections du 1er avril 2012, à l’occasion desquelles il a remporté 1 siège (à la Chambre haute), dans le nord de l’État Shan. La Ligue Nationale pour la Démocratie se présentait dans 44 des 45 circonscriptions en jeu le 1er avril 2012, un de ses candidats ayant été invalidé : elle a remporté 43 sièges, dont 37 à la Chambre basse, 4 à la Chambre haute et 2 dans des assemblées régionales. Aung San Suu Kyi elle-même a été élue à la Chambre basse dans la circonscription rurale et en majorité Karen de Kawhmu, dans la périphérie de Rangoun. La LND est devenue la première force d’opposition au Parlement national avec 6,4% des sièges.

publié le 31/07/2015

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