Pierre de Milard, un chevalier au service de la Birmanie

En 1756, tandis que la guerre entre le nord et le sud de la Birmanie fait rage, opposant d’une part et d’autre la dynastie Konbaung et le Royaume d’Hanthawaddy de l’ethnie Mon, trois navires de la Marine française sont envoyés à Syriam, future Thanlyin, afin de soutenir l’effort de guerre du Royaume Mon. Les marins français répondent à l’appel de Sieur de Bruno, diplomate qui s’évertue alors à supporter les Mons face aux troupes d’Alaungpaya, fondateur de la dynastie Konbaung.

Mais la lettre envoyée par Sieur de Bruno résulte d’un jeu de dupes instigué par Alaungpaya, dont les troupes ont repris la ville de Syriam, celui-ci obligeant le diplomate français à tendre un piège aux navires français. A l’arrivée des trois navires à Syriam, les capitaines français sont exécutés et les marins sont contraints de rejoindre les rangs de l’armée royale d’Alaungpaya.

L’équipage est emmené au nord du pays, et contraint de rejoindre les rangs de l’armée royale d’Alaungpaya, embrassant ainsi la destinée de nombreux mercenaires européens capturés par le passé. Parmi eux, Pierre de Milard, jeune officier de 20 ans, se retrouve propulsé au sein d’un corps d’élite qui fera ses preuves dans des batailles contre le Siam, entre 1759 et 1767 avec la prise d’Ayutthaya, et contre les Mandchous de 1765 à 1769, armée de la dynastie chinoise Qing.
Fort de ces succès, Pierre de Milard est nommé Capitaine de la Garde royale, chargée de la protection du Roi Hsinbyushin, qui a succédé à Alaungpaya en 1763, et élevé au rang de baron dans le district de Sagaing à Tabe. Des liens étroits se nouent entre Milard et le Roi, à tel point que la légende raconte que le dernier a demandé à plusieurs occasions au chevalier français de dormir dans la chambre royale afin de le protéger contre les tentatives d’assassinat, le royaume étant alors en proie à des divisions sur la succession de Hsinbyushin.
De même, Pierre de Milard joue un rôle d’ambassadeur officieux en négociant la réouverture des contacts entre la France de Louis XV et le royaume birman, les relations ayant été rompues depuis la prise de position française envers les Mons. Si la France cherche à contrer la domination anglaise qui s’étend dans les Indes, le royaume birman est quant à lui à la recherche d’armes et de munitions dans ses guerres contre le Siam et les Mandchous. En 1770, Milard organise la visite de Rémi Féraud, agent en poste à Pondichéry, les relations commerciales reprennent la même année et la France est autorisée à réinstaller une garnison navale dans le port de Rangoun.

Le Chevalier Milard participe également à des activités caritatives dans des écoles et des églises afin de promouvoir l’éducation à la française. Il s’éteint en 1778 et est enterré dans le village de Ngayabya dans le district de Sagaing. Restaurée en 1924 par le Département d’Archéologie de Birmanie, sa tombe rappelle son titre de baron (myosa) de Tabe et ses batailles victorieuses en tant que « Capitaine des Français ».

Sources :
Thant Myint-U, The Making of Modern Burma, Cambridge University Press, 2001.

Coupland, Sir Reginald British Empire History, Burma. Editor Sir Reginald Coupland

publié le 11/04/2014

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