Pyay Kyaw Myint, photographe

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Tout le monde ici l’appelle PK. Et généralement, tout le monde l’apprécie. Discret, le sourire en coin, le regard profond et la clope au bec, Pyay Kyaw Myint gravite autour de l’IFB depuis plusieurs années. On ne parviendra pas à tirer de lui plus de quelques mots de français et pourtant, c’est aux côtés de Français et à l’Institut français de Birmanie qu’il est pleinement devenu photographe.

Tout a commencé par un cours de photo dispensé par la Myanmar Photographic Society. Mais PK découvre rapidement que ce n’est pas le type de photographie qu’il souhaite pratiquer. Il participe néanmoins au concours mais comprend que sa photographie, d’inspiration documentaire, ne gagnera pas. Ce qu’il aime, PK, c’est raconter des histoires, écouter les gens, les photographier. Non pas reproduire une image un peu trop lisse d’une réalité qui se suffit à elle-même.

C’est dans la rue, au contact des gens, en voyageant, par lui-même, que Pyay Kyaw Myint apprend à photographier. Il finit, après plusieurs années de pratique, par ouvrir son propre studio photo où il prend plaisir à tirer le portrait de jeunes filles en fleur en quête d’immortalité. Parodiant les couvertures de magazines, elles posent devant la caméra du jeune photographe qui prend plaisir à les accompagner dans leur rêve de gloire.

Pour aider sa famille dans une situation difficile, il devra vendre ce qu’il possède. Et abandonner son studio. C’est à ce moment qu’il rencontre Christophe Loviny, le directeur artistique du Festival de la Photo de Rangoun (YPF) et son futur mentor. On est en 2011. Il travaille sur un projet qui prend pour sujet un jeune homme atteint d’une maladie qui rend ses os extrêmement fragiles. A vrai dire, tout son corps est cassé. Il a beau avoir 19 ans, il en paraît 10. Mais c’est une belle histoire, commente PK. Parce que ce jeune homme suit des cours dans une école pour personnes handicapées, peint, crée. Il exposera même son travail au Japon. Pour son photo essai « Glass Man », PK obtiendra un prix lors du Festival de la Photo de Rangoun.

Fort de cette consécration, il suit un ami réalisateur et sillonne le pays. Il tombe sur un événement hors du commun : la cérémonie funéraire d’un moine décédé 6 mois plus tôt. Fait rare, par manque de moyens, les paysans du village décident d’attendre la fin des récoltes pour offrir au moine des funérailles dignes du personnage. De grandes festivités sont prévues jusqu’à ce qu’une tempête emporte tout. Il faut se rendre à l’évidence : la crémation doit avoir lieu en toute urgence. « Gone with the rain » obtiendra également un prix lors du YPF 2012.

C’est cette année là que PK s’investit davantage dans l’organisation du festival aux côtés de Christophe Loviny. Il participe à l’organisation des ateliers et fait le lien avec les participants. Egalement interprète et traducteur, PK aide les étudiants à construire leurs histoires, monter leur projet, choisir le bon angle, le photographier. Enseigner, il aime ça. Pousser les étudiants, les motiver et leur donner confiance. Non pas leur enseigner une méthode unique et une seule vérité, mais les aider à trouver leur propre chemin. Il s’amuse de voir certains jeunes changer pendant les ateliers, gagner en confiance, affiner leur projet et se révéler être de véritables photographes. Il avoue lui-même avoir manqué de confiance en lui, de ses compétences en anglais à sa pratique photographique. Mais ça, c’était avant. Avant le YPF, avant de travailler avec Christophe.

PK est aujourd’hui un photographe indépendant, et il tient à son indépendance. Il est certain que travailler avec les nombreux journaux apparus depuis l’ouverture du pays offre de nouvelles opportunités pour les photographes. Mais PK préfère les gens à l’actualité. Il collabore régulièrement avec des ONG sur des projets humanitaires en Birmanie ; avec le PNUD pour documenter leur projet pilote de recensement, avec le GRET pour former les fermiers à l’exercice de la narration documentaire, avec Entrepreneurs du monde sur la micro finance. Ses images sont par ailleurs distribuées par la célèbre agence de presse Abaca, notamment celles sur la campagne d’Aung San Suu Kyi en 2012, publiées dans Paris Match.

Lorsqu’il ne travaille pas pour le YPF aux côtés de Mayco et de Minzayar, eux-mêmes anciens lauréats du YPF et actuels formateurs du festival rassemblés sous l’égide de Myanmar Image Makers, PK se consacre à ses propres histoires. Il souhaiterait aujourd’hui raconter, en images, bien sûr, celle des mariages interreligieux. Alors que certaines régions du pays sont à feu et à sang pour des questions soi-disant de foi, alors que de par le monde la question religieuse ne semble désormais s’aborder que sous l’angle de la violence, évoquer l’amour qui unit deux êtres, quels qu’ils soient, a quelque chose de réconfortant. Et d’universel. Alors on se dit que derrière sa discrétion, son sourire en coin, son regard profond et sa clope au bec, Pyay Kyaw Myint est un grand romantique, ou du moins un idéaliste. Et par les temps qui courent, quand on veut documenter le réel, témoigner de la réalité dans toute sa nudité, un peu d’idéalisme ne fait pas de mal. Et beaucoup d’amour non plus.

7ème édition du YANGON PHOTO FESTIVAL sur le thème I LOVE YOU
Du 13 au 21 février 2015 – expositions, projections, conférences à l’Institut français de Birmanie (IFB), Pansodan Scene, Myanmar Deitta, Junction Square et TS1.

Ne manquez pas les temps forts du YPF à l’IFB :

  • Vendredi 13 février : Spectacle « Inner Light »
  • Samedi 14 février : French (love) Party
  • Samedi 21 février : Nuit de la Photo en présence d’Aung San Suu Kyi, marraine du YPF

Plus d’information sur www.yangonphoto.com / www.institutfrancais-birmanie.com

publié le 13/02/2015

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