Pyin- Thit ou l’exception française en Birmanie

A quatre exceptions près, la langue birmane désigne les nations étrangères en utilisant un anglicisme. Ainsi les Anglais, les Allemands, les Indiens ou les Japonais sont-ils appelés Ingalei, Gyaman, Eindiya, et Gyapan pour ne citer que ces exemples. Les Français (Pyin-Thit) –prononcer pindté- font exception, avec les Chinois (Tayou), les Thaïs (Yodaya/Tain), et les Srilankais (Thiho). Si la proximité géographique, dans le cas de la Chine et de la Thaïlande, et religieuse, dans le cas du Sri Lanka, justifient des appellations particulières directement empruntées à la langue birmane, l’exception française, produit de l’histoire, dont l’origine n’est pas clairement établie, n’en donne pas moins une singularité à notre pays qui bénéficie ainsi d’une identité culturelle forte en Birmanie, un atout qu’il convient de valoriser.

Les historiens birmans signalent la présence des Français en Birmanie avant l’époque de Yadanarpon-Mandalay (1752-1885). Selon les experts de la Commission de la langue birmane (Myanmar Language Commission), l’utilisation du terme « Pyin-Thit-ျပင္သစ္ » serait dérivée de l’origine du terme « Français ». A l’époque de Yadanarpon-Mandalay, les Birmans utilisaient le mot « Fran-sitt - ဖရန္စစ္ » pour désigner les Français, la langue birmane ne disposant pas de sons adéquats pour imiter la prononciation exacte de « fran-çais », en raison notamment des règles d’accentuation très différentes entre les deux langues. On trouve dans l’édition de 1842 du dictionnaire « Anglais-Birman » de Charles LANE le mot « Franchified » qui est la seule mention faisant référence à la France dans cet ouvrage. Sa transposition en birman est « ပရံစစ္လူႏွင္႔တူေသာ ». La partie de ce terme signifiant Français y est traduite par le mot birman « Pran-Cit- ပရံစစ္ ». La lente birmanisation du terme aurait progressivement fait évoluer l’appellation « Fran-Sitt- ဖရန္စစ္ » vers « Pyin-Thit- ျပင္သစ္ », terme aujourd’hui consacré car phonétiquement plus facile à prononcer pour un birmanophone.

Une autre hypothèse tient à la signification même du mot « Pyin-Thit » et non à son évolution phonétique. En birman le mot signifie littéralement « l’extérieur-nouveau ». Le terme birman désignant les « Français » pourrait donc être traduit par une expression comme « les nouveaux arrivés de l’extérieur », une possible référence à une ancienne présence française en Birmanie antérieure à celle des Portugais, des Anglais et des Italiens.

Même si les linguistes birmans considèrent cette hypothèse comme improbable, gageons que la birmanisation singulière du mot « Français », quelle qu’en soit l’origine, est à mettre au crédit de l’amitié franco-birmane.

publié le 10/04/2015

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