Rencontre entre le Ministre des Affaires étrangères et du Développement international et Mme Aung San Suu Kyi

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M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international, a reçu Mme Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix, présidente de la Ligue nationale pour la démocratie, présidente de la commission parlementaire pour l’Etat de droit, la paix et la tranquillité, le mardi 15 avril 2014.

Une conférence de presse s’est tenue à l’issue de la rencontre.

Retrouvez la vidéo de la conférence de presse

Conférence de presse conjointe de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, et de Mme Aung Sang Suu Kyi, députée du Parlement birman - Propos de M. Fabius

Paris, 15/04/2014

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais d’abord dire mon plaisir et l’honneur que c’est d’accueillir Mme Aung San Suu Kyi ici, au Quai d’Orsay où j’avais déjà eu l’occasion de l’accueillir il y a un an et demi. Elle nous fait l’honneur d’être en France. Une relation particulière s’est nouée entre Mme Aung San Suu Kyi et la France. Nous sommes très honorés de la confiance qu’elle nous accorde.

La France a constamment soutenu les aspirations des Birmans à la démocratie, au développement et aux droits de l’Homme. C’est dans cet esprit que nous sommes tenus à vos côtés, Madame, vous qui avez su incarner ces aspirations communes à tous les habitants de votre beau pays. Nous avons suivi votre chemin.

Depuis votre élection à l’Assemblée nationale, en avril 2012, le Parlement et l’opposition en son sein jouent un rôle de premier plan dans les évolutions qui sont intervenues.

La France mène en Birmanie une politique d’engagement constructif : nous développons un dialogue politique par des échanges de haut niveau. Nous avons aussi joué un rôle important dans l’évolution de la position de l’Union européenne dans le sens de l’engagement constructif, par exemple, lorsque la levée des sanctions a été décidée.

La France s’engage aussi sur le terrain. Il y a déjà longtemps l’Institut Français de Rangoun a été créé. Il fut longtemps un des rares espaces de liberté en Birmanie. Plus récemment, nous avons augmenté notre aide au développement. Nous menons aussi des initiatives qui visent à renforcer la société civile et la liberté d’expression, par exemple, en matière d’éducation, de droits des femmes et une école de journalisme qui est une forme de coopération extrêmement originale. Et puis, il y a l’action engagée par les entreprises françaises pour favoriser toute une série d’investissements.

Ce que je voudrais dire, et dont nous avons beaucoup discuté avec notre hôte, c’est que bien évidemment quand on regarde la situation en la comparant à ce qui existait il y dix ou quinze ans, il y a eu un processus d’avancement de la démocratie, mais il faut rester extrêmement vigilant ; ceci vaut pour la France et pour la communauté internationale en général. Il faut être d’autant plus vigilant qu’il y aura au maximum en novembre 2015, mais cela peut être avant, des élections, échéance fondamentale du processus en cours. De ce point de vue, nous serons évidemment très attentifs à la préparation des élections et à un sujet qui est lié, ce que l’on appelle la réforme constitutionnelle. Nous souhaitons des élections qui soient crédibles, auxquelles tous les candidats pourront participer sur un pied d’égalité. Il ne nous appartient pas de nous immiscer dans le débat sur la Constitution, qui relève d’un choix souverain du peuple birman, mais nous souhaitons vivement qu’il y ait un processus de révision ouvert à toutes les parties, et qu’il soit admis qu’un régime qui doit être totalement démocratique ne peut pas évidemment être au sens où on l’entend ici un régime militaire. La démocratie, cela signifie qu’il doit y avoir une égalité de tous les citoyens sans qu’il y ait une domination de tel ou tel.

Nous serons également attentifs à ce que l’engagement pris par le président Thein Sein, lorsqu’il était à Paris, de libérer la totalité des prisonniers politiques soit tenue. Nous sommes attentifs aux violences qui ont eu lieu entre différentes communautés. C’est une question très complexe mais c’est évidemment une question de vive préoccupation pour la communauté internationale en général comme pour la France. Il n’est pas question que l’on puisse laisser le champ libre aux extrémistes, quels qu’ils soient. Et puis, nous sommes très attentifs aussi au processus de paix avec les différents groupes parce que la paix, la démocratie et le développement, tout cela est évidemment lié.

Je terminerai en disant que dans cette période compliquée mais porteuse d’espoirs nouveaux pour la Birmanie, Mme Aung San Suu Kyi sait qu’elle pourra compter sur la France, comme elle a pu compter sur nous en des temps plus sombres. La France est le pays de la démocratie et Mme Aung San Suu Kyi incarne la démocratie.

Nos travaux et nos conversations ont permis d’aller en profondeur, sous la surface et quand Mme Aung San Suu Kyi parle de paix, de justice, de démocratie, personne mieux qu’elle, Prix Nobel de la paix, ne peut l’incarner./.

publié le 23/04/2014

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