Thanaka, le cosmétique miracle des Birmans

Le thanaka, cosmétique traditionnel des Birmans, se présente sous la forme d’une pâte jaunâtre d’origine végétale que l’on applique sur la peau. « Arbres à thanaka » est également le nom donné à deux arbustes qui poussent à l’état naturel dans la zone sèche de Birmanie centrale [1], notamment dans les districts de Shwébo, Sagaing, Monywa, Yinmabin, Salingyi, Pakokkou, Myaing, Myingyan, Pagan et Kyaukpadaung. Les botanistes ont répertorié deux espèces assez proches : Limonia acidissima spp (Roxb) ou crenulata, et Murraya paniculata, qui, tous deux, appartiennent à la famille des Rutaceae (Rutacées ou citronniers [2]).

UN ARBRE AUX REMARQUABLES PROPRIETES

Ces arbres revêtent une importance particulière dans la culture birmane. Leurs vertus exceptionnelles sont très appréciées des Birmanes car elles tirent de leur écorce un cosmétique naturel très populaire. Appliquée sur la peau, la pâte de thanaka présente de multiples avantages. Elle a d’abord une action rafraîchissante car elle agit comme isolant thermique qui protège l’épiderme des rayons et brûlures du soleil. Elle empêche la déshydratation et le desséchement de la peau en bloquant la sudation. Astringent, antiseptique, et déodorant, le thanaka rend aussi la peau plus douce. Cosmétique favori des birmanes, il dégage de surcroît un subtil parfum d’agrume dont raffolent les ruraux.

La pâte jaunâtre est généralement appliquée au sortir du bain, uniformément, sur le visage et la totalité du corps, y compris les pieds. Les élégantes marquent leur différence en dessinant, avec leurs doigts, des motifs simples sur leurs joues. Le plus courant a la forme d’un disque. Les décorations les plus sophistiquées sont obtenues en trempant une feuille de banyan dans la pâte humide. Les nervures de la feuille sont ainsi reproduites sur les joues où elles constituent un effet des plus seyants. Certaines jeunes femmes soulignent également l’arête de leur nez. Son parfum rappelle un peu celui du bois de santal.

LES UTILISATIONS DU THANAKA

  • Le cosmétique des birmans

La crème de thanaka est obtenue en râpant l’écorce de l’arbre avec un peu d’eau sur une pierre circulaire appelée kyauk pyin, munie d’une rigole circulaire pour évacuer l’eau.

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Une pierre à thanaka (kyaukpyin)

Le thanaka est traditionnellement vendu en petits rondins ou en fagots. Dans la capitale les beautés pressées l’achètent désormais sous forme de ‘savonnettes’ ou de poudre à diluer.

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Une vendeuse de thanaka
  • L’utilisation médicale

Les Birmans reconnaissent au thanaka des vertus médicinales. Ses feuilles sont utilisées en médecine indigène pour soigner l’épilepsie. Il permet de réduire les attaques de l’acné et a une action anti-mycosique.

CULTURE ET COMMERCIALISATION DU THANAKA

  • La culture des thanakas

Les conditions climatiques extrêmes de la zone sèche contribuent à la lente croissance des Limonia qui atteignent leur maturité à 35 ans. Pourchassé par les chasseurs-cueilleurs le thanaka, qui assurait des ressources monétaires aux ruraux, a quasiment disparu à l’état naturel des forêts sèches de Birmanie centrale. Mais l’augmentation de la demande, qui va de pair avec la croissance démographique, a poussé certains villageois à cultiver des parcelles de thanaka pour compléter leurs revenus. Les arbustes sont replantés près de la maison et du potager familial. Ces mini-plantations (voir photo N°4), qui réunissent entre une demi-douzaine et une centaine de plants, ne nécessitent aucun entretien. Mais une pousse rapide des arbustes et le développement de leurs écorces est favorisée par quelques litres d’eau quotidiens . Après quelques années les Limonia ayant atteint un diamètre de 10 à 15 centimètres et environ trois mètres de hauteur, sont revendus aux négociants qui les débitent en rondins pour approvisionner les marchés. La culture est rentable car on trouve de nombreuses plantations commerciales de ce type, dans les monastères bouddhiques où les jeunes moines arrosent les plants avant leur bain matinal.

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Arbre à thanaka
  • La commercialisation du thanaka

En 1904, au cours d’une escale de 24 heures à Rangoun, le Commandant Lunet de la Jonquière évoque la vente de thanaka sur la plateforme de la pagode Shwédagon : « Autour des (pagodons), sur les marches des pavillons historiés …se tiennent…des marchands de … bois odoriférants… » [3] A Rangoun les vendeurs de thanaka ont désormais disparu de la plateforme de Shwédagon, mais ils sont toujours présents dans les pittoresques échoppes des escaliers, tels ceux qui, depuis le marché de Bahan, conduisent à la plateforme du grand stupa. Mais ils occupent toujours une place de choix dans toutes les pagodes de Birmanie centrale, notamment pendant les grandes foires annuelles.

  • Une source d’inspiration séculaire : poèmes et chansons populaires

Le plus populaire des thanaka est celui de Shwébo, mais la variété (Shin ma Taung) [4] est célèbre dans la région de Magwè. Le thanaka joue un grand rôle dans l’imaginaire collectif des Birmans. C’est une source d’inspiration pour les amoureux. De nombreux poèmes insistent sur les avantages de l’utilisation du thanaka : il rend les femmes plus belles et son parfum envoûtant fait tourner la tête des hommes. Un poète-musicien a consacré à cet arbuste une chanson entraînante restée célèbre : « Shwébo thanaka –dô-yé ; Yangon laine-bo-you… » Chaque année, pendant la fête de l’eau, les jeunes gens la reprennent en chœur devant les scènes où dansent les jeunes filles.

Les arbres à thanaka, comme les palmiers borassus [5] , font partie intégrante du complexe ethno-botanique et culturel associé à la civilisation birmane.

[1La zone sèche (ou Birmanie centrale) est caractérisée par une pluviométrie spécifique : entre 350 mm (les années sèches) et 950 mm (les années humides). Les pluies, inégales d’une année sur l’autre, sont réparties sur une soixantaine de jours. En année sèche on peut classer la Birmanie centrale à la limite de la zone semi-aride. Pendant la saison chaude les températures peuvent atteindre 48 C. Ce climat a donné naissance à une savane arborée dominée par des épineux (acacias), cactus (sisal, euphorbes) et palmiers Borassus. Limonia acidissima pousse également dans les zones sèches de Sri Lanka et de l’ Inde (Maharashtra et Tamilnadu).

[2Outre ses fruits, le bois du citronnier est utilisé en ébénisterie de luxe.

[3Lunet de la Jonquière, in « Le siam et les Siamois. » ( 1ère édi, Paris, 1904) White Orchid Press, Bangkok, 1986. p. 262. Introduction par Guy Lubeigt. Le Commandant Lajonquière, recruté par Louis Finot, était membre de l’EFEO. Il est l’auteur de l’Inventaire descriptif des monuments du Cambodge (1900-1911).

[4Shin-ma Taung = ‘la colline de la déesse’

[5Un poème tamoul décrit ce palmier comme ‘l’arbre aux 801 usages’.

publié le 10/04/2013

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