Wint Thiri Than Aye : des rêves d’ailleurs et de diplomatie

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Une enfant de l’expatriation

Wint Thiri Than Aye avait 7 ans quand elle s’est installée pour la première fois à Paris. Sa mère diplomate, venait d’y être nommée pour la seconde fois. Ne parlant que birman et anglais, elle a passé sa première année scolaire dans une classe d’adaptation avec d’autres enfants étrangers avant d’entrer dans une école primaire. D’emblée, elle a suscité la curiosité de ses petits camarades, sa couleur de peau intriguait. Quand on l’interrogeait sur ses origines, Wint Thiri expliquait qu’elle venait de Birmanie, un pays dont le nom n’évoquait pas grand-chose pour les enfants français de son âge. Certains d’entre eux pensaient même qu’il s’agissait d’un pays d’Afrique. Sans jamais ressentir d’hostilité ou de racisme, la jeune Birmane a réussi à se faire une place, s’adapter à la culture, découvrir la cuisine française et le cordon bleu à la cantine scolaire, tout en imitant les façons de faire à la française comme cette manière si chaleureuse qu’ont les habitants de l’Hexagone de se saluer en se faisant la bise.

Ce premier séjour en France a été suivi par un second alors que Wint Thiri était adolescente. Elle n’y est restée qu’une année, le temps de finir le collège et d’entamer ses études au lycée. Elle y a noué avec plusieurs de ses condisciples des amitiés sincères que le temps et l’éloignement n’ont pas altérées et qu’elle entretient aujourd’hui via Facebook.

Forte de toutes ces expériences parisiennes et ancienne étudiante de l’Institut Français de Birmanie, Wint Thiri est aujourd’hui parfaitement bilingue. Si son programme universitaire très chargé ne lui permet pas actuellement de continuer à suivre des cours de français, elle entretient sa connaissance de la langue au quotidien, en lisant la presse française, devant les programmes de TV5, de France 24, ou encore au contact de sa mère elle-même francophone.

Être une jeune femme de 19 ans à Rangoun aujourd’hui

Etudiante en relations internationales, Wint Thiri incarne cette frange de la jeunesse birmane qui, tout en ayant accès aux études supérieures, espère renforcer sa formation dans une université étrangère. Désireuse de marcher sur les traces de sa mère, elle a en tête de poursuivre une carrière diplomatique. Et même s’il lui reste encore deux années d’études avant de boucler son cursus birman, Wint Thiri rêve déjà d’intégrer l’Université John Hopkins, dont la renommée n’est plus à faire pour ses enseignements en relations internationales. Après trois années passées à l’université de Rangoun Est, la jeune étudiante admet volontiers que le cursus, très théorique, laisse peu de place aux échanges et au débat d’idées. Interrogée sur la réforme actuelle du système éducatif, Wint Thiri s’apparente à la majorité des étudiants birmans de son âge pour qui ces problématiques restent assez éloignées de leur quotidien universitaire rythmé par le suivi de cours dans des établissement repoussés à la périphérie de la ville, finalement assez isolées et peu politisées.

Avec une idée de carrière professionnelle déjà bien mûrie, Wint Thiri a également conscience que la concrétisation de telles ambitions se fera dans un contexte birman où les inégalités hommes-femmes sont persistantes, notamment dans le milieu du travail. Sensibilisée à cette réalité par l’expérience de sa propre mère, elle a la conviction que la liberté de choix et d’émancipation dont elle a bénéficié dans sa propre famille ne l’exempteront pas d’affronter au sein de la société birmane toute une série d’obstacles et ce plafond de verre si répandu, y compris en Europe.

Témoin des évolutions actuelles de son pays, la jeune femme observe avec fascination ce qu’elle nomme « le nouveau chapitre de l’histoire birmane ». Un chapitre marqué par l’intensité des changements et la rapidité de la transition mais un chapitre qui débute et qui appelle donc à des progrès et des efforts supplémentaires dans le sens de la démocratisation et du renforcement des libertés.

publié le 02/10/2014

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